Orientation astronomique et géodésique des pierres dressées

 

Stonehenge, légendes et réalités

Stonehenge, légendes et réalités

C’est par les travaux de Norman Lockyer, l’astronome britannique qui découvrit au début du XXème siècle, l’Hélium dans l’atmosphère solaire, que l’on s’est convaincu que le grand cromlech de Stonehenge était bien antérieur aux celtes et à leurs druides « sacrificateurs ». En effet, les celtes envahissent le sud de l’Angleterre vers 800 av. J-C., ils arriveront en Irlande à partir de 500 av. J-C. poussés dans le dos par des « Belgii ». A leur arrivée dans le Wessex, il y a au moins trois siècles que le site de Stonehenge a été abandonné par le dernier groupe de population qui s’y était fixé. L’étude archéologique du site a montré trois phases de constructions et transformations qui semblent avoir débuté vers 3200 av. J-C. et se terminent vers 1800 av. J-C. Durant deux millénaires des populations de la fin du néolithique et de l’âge du cuivre, puis du bronze occupent ces lieux et développeront un culte, peut être, mais aussi du commerce, de l’industrie et de l’élevage. Aujourd’hui la thèse privilégiée est celle d’un lieu de sépulture très fréquenté à certains moments par des populations nombreuses et diverses qui alternativement enterraient ou incinéraient leurs défunts. Toujours est-il que les celtes et leurs druides en furent sans doute les ultimes et très tardifs utilisateurs. Les légendes romantiques ont dés lors fait leur temps et les historiens du celtisme ont, tout au cours du XXème siècle, découvert qu’il s’agit d’une authentique civilisation de peuples plus sédentaires que nomades dont les échanges culturels et commerciaux avec les grecs, les étrusques, les thraces et les scythes ont dominé les deux âges du fer (800-100 av. J-C.) bien avant la fondation mythique de Rome (754 av. J-C.) la rédaction de la Genèse(entre 1000 et 800 av. J-C.) et la guerre de Troie (1250-1180 av. J-C.)

En effet, Diodore de Sicile, au premier siècle de notre Ère, rapporte d’après les récits du navigateur phocéen Pythéas (vers 400 av. J-C.) que dans le pays des « hyperboréens » existe un temple imposant dédié à Apollon-Phoibos (en l’occurrence le Soleil).

John Aubrey, un architecte et collectionneur anglais, au XVIIIème siècle, l’attribue erronément au culte des druides. Or, Norman Lockyer montre que dés la première installation (un cercle de poteaux en bois) des repères indiquent une orientation privilégiée en direction du point où se lève le Soleil le jour du solstice d’été. Il remarque une légère différence entre le positionnement « actuel » (1900) et l’axe du site. En mécanicien céleste, il l’attribue à un phénomène bien connu : la précession et la variation séculaire de l’obliquité de l’écliptique. Il fait une évaluation indicative de l’époque de construction (un peu après 2000 av. J-C.) qui sera ultérieurement affinée et corrigée (au-delà de 3000 ans) par l’analyse de cendres au C14 et la stratigraphie du sol, bien que très bouleversée par les occupants successifs et les « antiquaires » fouilleurs du XVIIème au XXème siècle.

Toute l’Europe est couverte de cercles de pierres (cromlechs), d’allées couvertes, de tables (dolmens) et de pierres dressées apparemment isolées (menhirs). Parce qu’ils furent mieux préservés au bas moyen âge en Bretagne et en Grande Bretagne, les historiens de l’époque romantique et l’imagination populaire les attribuent aux celtes et aux gaulois. Anachronisme, ils les associent aux guerres menées contre les envahisseurs romains et à la légende arthurienne qui en prend la suite. C’est Merlin, l’enchanteur, qui par magie les a dressées. Plus récemment, c’est Obélix le gaulois « tailleur de menhirs » qui les transportait grâce à la potion miraculeuse du druide Panoramix concoctée dans un chaudron (double allusion confuse au fameux chaudron celto-germanique du Ier siècle avant J-C. découvert à Goldenstrupp au Danemark et la coupe ou ciboire que les Chevaliers de la Table Ronde (roman datant du Xème siècle ap.J-C.) tentent de retrouver : le Saint Graal dont la procession brugeoise du Saint Sang est un des plus persistants souvenirs. Cette vision a contribué un peu plus encore à fausser les connaissances historiques de nos compatriotes.

Les premiers évangélisateurs chrétiens appliquent avec une rigueur de néophytes les injonctions des Conciles (Nicée en 342, tout particulièrement) visant à détruire toutes traces des idoles honorées par les cultes païens. Martin de Tours, légionnaire romain d’origine panonnienne (à l’Est de Venise), fraichement converti, se distinguera par sa « rage destructrice des pierres dressées ». Plus habiles, les moines irlandais, chargés de rechristianiser nos contrées trois siècles plus tard, en assimileront un certain nombre en les vouant au culte de Sainte Anne ou de Brigitte de Kildare. Ce qui les ramène paradoxalement aux rites païens de fécondité et apparentés que pratiquaient les celtes en l’honneur de la trilogie Macha-Rhiannon-Epona et d’une déesse, sans doute scandinave, Brigid.

Les mêmes qui condamnaient les sorciers et sorcières de l’an mil ou au delà à l’estrapade, la pendaison et le bûcher invoquaient le paganisme de ces barbares celtes qui écorchaient de blanches victimes sur des autels ensanglantés!

Ainsi la « pierre de l’autel » à Stonehenge était- elle réputée avoir servi à cette fin. On y distingue une rainure destinée à recueillir le sang des victimes au profit d’orgies épouvantables …Hélas les seules traces de sang qui aient imprégné la pierre « du sacrifice » sont celles d’innocents volatiles, les analyses ADN sont impitoyables. Voilà la pierre des sacrifices devenue par la magie biochimique un banal étal de marchand de volailles!…

Stonehenge aurait il servi de hall de foires néolithiques ? Pourquoi pas? Les boutiques marchandes ne furent– elles pas encastrées dans les contreforts de nos Cathédrales médiévales?

Ce qui semble assuré, c’est que dés avant 3200 av. J-C. (5200BP) le site est occupé et, à l’image de son voisin et probablement prédécesseur de Woodhenge (2,9km à l’Est), il a connu une première structure circulaire en bois de 87m de diamètre (56 piliers dont les trous d’Aubrey sont les restes) entourée d’un fossé profond de 2m (diam 113,5m) avec remblai protecteur (haut d’au moins 1m40) ouvert en direction du Nord-est (« l’Avenue» large de 20m et longue de 500m) vers la rivière Avon. Cette direction est demeurée l’axe principal de symétrie des transformations successives du site et est très exactement pointée en direction du lever de Soleil sur l’horizon vers 3000 à 2500 av. J-C.. La combinaison de la précession des équinoxes et de la lente variation de l’obliquité de l’écliptique sur 5000 ans et plus a amené Lockyer à déduire de l’écart angulaire entre l’axe de l’Avenue et le point de lever du Soleil vers 1900 une première évaluation (trop courte) de l’âge du monument. Les évaluations astronomiques modernes, compte tenu du relief, donnent une estimation qui recoupe celle des archéologues (datation au C14 des fragments de bois carbonisés dans les trous d’Aubrey et plus récemment d’ossements). En l’occurrence entre -3000 et -1800. Forum marchand, précédé d’un corral pour bétail et humains, sanctuaire dédié au Soleil en gloire, ces utilisations du site sont toutes vraisemblables et même probables. Des peuples successifs ont occupé les lieux avec leurs us et coutumes et leurs divinités protectrices, les champs de tombes qui recouvrent la région sont la preuve d’une occupation nombreuse fréquente, longue et variée.

Une analyse plus fine des différentes structures qui se succèdent montre l’apparition de repères et de détails que les plus imaginatifs lient non sans raisons (mais sans preuves) aux levers extrêmes de la Lune (cycle de 19 ans, dit de Méton pour les phases de la Lune) et au mécanisme des éclipses (cycle de 18,6 ans). Pour certains (Atkinson, Hawkins, Kirk) Stonehenge aurait été un « calculateur d’éclipse » dont les 56 piliers d’Aubrey seraient la clé d’un mécanisme chronométrique subtil ….En effet, la révolution sidérale (par rapport aux étoiles) des nœuds de l’orbite lunaire (lieu des éclipses) est de 18,6 ans (6393,5 jours) et trois cycles d’éclipses font 55,8 ans (en arrondissant 56 ans) . Un astucieux décalage annuel d’un repère permet de faire un pointage des Nouvelles et Pleines Lunes avec une précision qui donnerait le moyen de prévoir les éclipses. Confronter cette théorie avec la réalité des tables astronomiques d’éclipses est assez positif. Mais du Wessex, pas plus que d’ailleurs, l’observation, critère indispensable, ne peut être que lacunaire en raison du climat. En un lieu, les éclipses de Soleil ne se présentent que tous les 5 à 7 ans, les lunaires sont plus nombreuses deux ou trois par ans…encore faut il les voir ! C’est une objection forte contre les astro-constructions archéologiques de certains. Imaginons les astro-prêtres du temps néolithique, contemporains des mages babyloniens et des prêtres égyptiens, accumulant durant des années,sinon des siècles, le souvenir d’observations et construisant des tables bien incomplètes qui font apparaître, si on en a conservé la mémoire, la possibilité de construire une gigantesque machine à éclipse, en bois, dans un premier temps et en pierres mégalithiques pour la suite. On peut douter de la vraisemblance de ce genre de construction mentale « a posteriori » (5000 ans plus tard, et armé des moyens modernes dont ne disposait même pas Lockyer en 1900).

Ce qui semble assuré : Stonehenge est orienté par rapport aux points solsticiaux annuels et peut être aux extrêmes déclinaisons de la Lune (cycle de 9,3 ans alternés). Les autres extrapolations tiennent de la fantaisie, il y a tellement de pierre dressées dans le site qu’en relier deux d’entre elles pour repérer un lever ou coucher d’astres (Soleil, Lune, Pléiades, Sirius, Arcturus, Regulus, Spica, Antares, Aldébaran, Procyon et Castor et Pollux avec éventuellement le « nid d’abeilles » du Cancer) est pratiquement toujours possible . De là à en tirer des conclusions « scientifiques »….

Voyons les autres pièces du dossier. 

Alignements de Carnac (Morbihan, France)

Alignements de Carnac (Morbihan, France)

Carnac, dans la péninsule bretonne française, était occupé par des populations de même culture que Stonehenge. La répartition des Menhirs et des alignements tout au long de la côte n’est pas le fait du hasard Une première hypothèse, vraisemblable, est qu’il s’agit d’alignement de visée permettant l’approche des côtes difficiles (rochers et écueils) et la traversée de cette partie de l’Océan qui touche à la Manche et vise les Cornouailles et son voisin le Wessex. Le grand nombre de pierres, leur position douteuse en raison de problèmes agricoles et de leur encombrement (des tonnes à déplacer) ainsi que de la nature du terrain permet bien souvent les hypothèses les plus hardies et pas nécessairement les plus raisonnables. Dans ce domaine les travaux des Thom, père et fils, font référence mais suscitent pas mal de restrictions. Là aussi la seule dominante est l’orientation des points extrêmes de levers et de couchers de Soleil et de Lune. Ce sont des repères précieux en chronologie astronomique. Peut être certaines étoiles brillantes ont- elles participé au jeu des chronologistes du passé. Rien n’en apporte la preuve.

De là à développer d’intéressantes hypothèses relatives aux alignements divergents dans un axe équinoxial approximatif reste purement spéculatif. Encore que…. !

Nos prédécesseurs néolithiques et de l’âge du bonze avaient des connaissances astronomiques de base plus considérables que nos historiens du XIXème siècle ne le pensaient, c’est certain. La précision des observations ne permettait guère plus que de développer une astronomie « à l’œil nu » avec la précision qu’on pouvait y associer.

Wéris.

Menhirs Oppagne

Les trois menhirs d’Oppagne (Wéris-Durbuy)

Wéris, près de Durbuy en Belgique, étend, comme à Carnac (mais, d’Est en Ouest), ses alignements parallèles (trois) sur des kilomètres du Sud au Nord avec un repère latéral la Pierre Haina qui, vue depuis le dolmen et l’Allée couverte Nord, pointe avec précision le lever équinoxial du Soleil ainsi que son lever solsticial depuis les trois menhirs d’Oppagne et l’Allée Sud. Peut être les alignements approximativement Nord –Sud permettent ils de retrouver une étoile polaire du moment (kappa Draconis ?) à l’instar de certaines orientations des pyramides d’Egypte. Ce n’est pas exclu, mais impossible à prouver.

Avant de passer à d’autres considérations astronomiquement ou chronologiquement intéressantes relatives aux orientations des allées couvertes mégalithiques et de leur éventuelle décoration liée aux mythes solaires orientaux ou germaniques (dessins en spirales développées et en croix gammées celtiques), examinons quelle était la capacité potentielle des humains du néolithique final en matière d’observation des repères terrestres et des phénomènes célestes.

Ilot de Gavrinis

Ilot de Gavrinis (Bretagne) – L’allée couverte

Alignements, relèvements et leur précision.

Sauf à imaginer des capacités oculaires improbablement plus élevées que les nôtres, l’œil par sa configuration géométrique et son seuil de sensibilité est capable de discerner des objets (bien contrastés) à condition qu’ils s’étalent sur 5 arc min ± 2 arc min (un sixième du diamètre lunaire ou solaire = 0,5 degré). En intensité, les sources doivent être supérieures en éclat à la sixième « magnitude apparente » stellaire (septième pour des observateurs doués et un ciel parfaitement noir sans lune). Sans pessimisme extrême, les étoiles peuvent être pointées assez aisément à condition qu’elles dépassent en éclat la magnitude 3 (ou 2)

Les instruments de mesure sont primitifs, mais classiques jusqu’au milieu du XVIème siècle : la main au bout du bras tendu, le roseau égyptien amélioré par l’alidade à pinnule (avec ou sans « cran »), et l’alignement par superposition de jalons verticaux (et le fil à plomb). Ainsi que le gnomon qui fixe l’heure de midi par la longueur minimale de son ombre portée.

Que représente un angle de 6 arc sec (0,1 de degré d’arc) à différentes distances?

  • à 10m …..environ      2 cm de large pour un « obstacle »
  • à 20m                                     3,4 cm
  • à 50m                                     8,5 cm
  • à 100m                                   17,4 cm
  • à 1000m                                 1,7 m
  • à 5 km                                    8,5 m

A l’horizon « normal » de 5 km, il faut qu’un objet ait presque 10 mètres de large pour être perçu dans de bonnes conditions d’éclairage et de contraste (noir/blanc) Un menhir de la taille des trilithes à Stonehenge (« Sarsen ») mesure 2x1m sur 4m de haut hors sol. La pierre Brunehaut de Hollain (Tournai) fait 3×0,5 m et 4,4 m de haut, le Zeupire de Gozée (Thuin) 1×0,7 m et hauteur de 4,1 à 2,7 m. Un menhir en tronc de cône, comme celui de Gonrieux (Chimay), fait 1,4m de diamètre à la base pour 0,7 au sommet et 2,75 m hors sol. On voit à ces tailles assez semblables que la visibilité « distincte » reste sous les mille mètres. La taille conditionne le poids compris entre 20 et 50 Tonnes : limite du déplaçable sur rouleaux en troncs d’arbres (limite d’écrasement) par une cohorte humaine ou supportable par un radeau solidement conçu comme l’ont montré les expériences de Mohen en France et Frébutte (à Haillot) en Belgique.

Les alignements de pierres dressées que nous constatons, notamment dans l’Entre Sambre et Meuse et l’ensemble de la Picardie s’étendent sur des dizaines de kilomètres avec un relief varié. Leur distribution sur le terrain est géométriquement étrange (triangles rectangles, quadrilatères, et structures polygonales symétriques) et leurs distances faites dans certains cas de multiples de ce que nous avons appelé le mile mégalithique (environ 1600m).

A ce propos, il y a de curieuses coïncidences: dans leurs études sur Stonehenge et Carnac, Hawkins et les Thom considérant les rapports entre côtés de triangles rectangles et leur appliquant le théorème de Pythagore, définissent un my (mégalithic yard) de 0,829 (3) mètres et une mt (megalithic toise) de 2,5 my, soit 2,0725 mètres dont on pourrait tirer un mile mégalithique de 800 mt soit 1658m et une lieue mégalithique de 3 miles, soit 4974m.

De notre côte, (Guislain, Koeckelenbergh et Potvin, 2008) en examinant les proportions des côtés des triangles rectangles construits sur les mégalithes de l’Entre Sambre et Meuse, nous voyons apparaître un Mmile de 1600m et une Mlieue de 4800 m. Soit sur le mile une différence de 0,035. Ce qui reste dans une marge de compatibilité avec les évaluations des chercheurs anglo- saxons qui est suffisante pour nous interpeller.

Alignement

Sans l’apport d’instruments d’optique (théodolites et lunettes de visée) les visées géodésiques obtenues par report de jalons ne semblent pas susceptibles de justifier la relative précision de placement des pierres dressées. Du moins de jour …car de nuit, les feux sont aisément repérables à quelques mètres près sur 5km, il en serait de même en conditions diurnes au moyen de colonnes de fumées noires. Mais ceci impose une logistique lourde en matériaux et déplacements dont on peut douter que les arpenteurs néolithiques aient pu disposer systématiquement. Néanmoins, tout est possible à ce niveau, imagination comprise !

Des visées astronomiques (, Soleil, Lune, étoiles) permettent des précisions angulaires meilleures. Ainsi, le Soleil ou la Lune dont le disque plein mesure un demi (0,5°) degré d’arc permettent un repérage sur l’horizon direct (5 km en moyenne) et évitent les erreurs de report que le jalonnement par superposition de jalons implique presque nécessairement avec une déviation quasi certaine de l’azimut. D’autant que les levers et couchers équinoxiaux (Est-Ouest) ou solsticiaux extrêmes permettent un jalonnement astronomique par pas « multi-kilométriques » sans risque de dérive accidentelle abusive. Un jalonnement kilométrique de type purement géodésique, bien mené, justifie néanmoins la relative grande constance des azimuts observés. Les deux techniques sont efficaces. Rien n’interdit de supposer que, selon le milieu naturel et l’habilité des arpenteurs, elles ont été pratiquées l’une comme l’autre.

Alignements dans l’Entre Sambre et Meuse.

Lorsque nous avons examiné la situation géographique des pierres dressées encore existantes et des sites confirmés historiquement au Sud de la bande forestière (forêt Charbonnière dont la Forêt de Soignes) qui borde au Nord la Picardie, de l’Escaut jusqu’à la Meuse, un premier fait, qui ne semble pas un artéfact statistique, indique une concentration Est –Ouest autour du parallèle 50°20’dont le dolmen de Bellignies (au Nord de Bavay : j= 50°19’01’’) est un point d’appui Ouest et les trois Menhirs d’Oppagne (j= 50°19’59’’)avec l’allée Sud de Wéris un point d’appui à l’Est et entre eux les Zeupires de Gozée (Thuin) (j= 50°19’44’’) . Les frères Brou dans leurs travaux font allusion à ces alignements possibles et nous avons voulu approfondir cette étude en usant les logiciels informatiques modernes.

La pierre-croûte de Bellignies

La pierre-croûte de Bellignies

131 sites certifiés ont été repérés entre ces deux limites séparées de 124,380 km choisies pour l’importance du monument (une « table», légèrement déplacée, à Bellignies, une « allée couverte » in situ à Wéris), 84 sites (soit 64 %) sont localisés dans une bande équinoxiale de 29 km de large centrée sur 50°16’. 32 sites (24%) ou ensembles à caractère mégalithique sont compris entre 50°20’et 50°15’(bande large de 7 km). Précisons que de Bellignies (Bavay), le site de Wéris (Oppagne) se situe dans l’Azimut géodésique 89° Est …A un degré près le point équinoxial du lever du Soleil ! Compte tenu des effets du relief et de la réfraction ce résultat est assez impressionnant.

A une échelle plus modeste, en se plaçant à la « Pierre qui tourne » de Sautin (Sivry-Rance) une autre « Pierre qui tourne », celle de Gonrieux à l’Est de Chimay, est exactement dans la direction du Soleil levant le jour du Solstice d’hiver (et inversement depuis Gonrieux en direction du Soleil couchant au solstice d’été). Cette ligne (un arc sur la Terre supposée sphérique) passe également par le Gros Cayau à Rance et pointe 132° Est ou 312° Ouest…points solsticiaux solaires.

Une parallèle à cette ligne (132° Est) passe par Chimay (« Plate Pierre », un lieu dit) à 4800m au Sud et pointe …Bellignies (Pierre Croûte, Dolmen) en passant par les célèbres Pierres Martines de Solre le Château, mais aussi par extension vers la « Pierre Brunehaut » de Hollain (Tournai).

Dans l’alignement 132Est-312Ouest, citons aussi au départ du Cromlech de Fagnolle (Dourbes) et le site contestable de Roly, la Blanche Borne de Castillon (Walcourt-lieu dit) la Pierre du diable de Clermont (présentée en petit dolmen sur la place), retrouvée au Mont Viscourt par Colonval et Guislain. Le Viscourt est à quelques centaines de mètres au Sud de la voie Bavay-Trêves. La ligne passe par Haulchain (à 7km au S-W de Binche, situation assez marginale) et Saint Symphorien (approximatif : la pierre ayant été plusieurs fois déplacée).

Les trois menhirs d’Oppagne, au sud de l'alignement de Wéris

Les trois menhirs d’Oppagne, au sud de l’alignement de Wéris

Parallèlement à l’axe équinoxial Bellignies-Oppagne, une ligne issue de Solre le Château (Pierres Martines) et passant par Sautin (Pierre qui tourne), traverse le lieu dit Martinsart à Froidchapelle (sur les hauteurs dominant les modernes lacs de l’Eau d’Heure) et passe par Roly (grotte et tumulus) .Dans ce cas l’azimut est un peu décalé : 94°Est. Particularité que nous retrouvons ailleurs et dont nous ne possédons pas d’explication plausible.

L’analyse des distances respectives des pierres est révélatrice : de Sautin à Gonrieux, il y a 18,600km et de Sautin à Roly, il y a 23,500km Enfin de Gonrieux à Roly, il y à 14,400km (données arrondies) Particularité : l’angle à Gonrieux est de 89,8° ±1°. Le triangle est rectangle et d’hypoténuse Roly-Sautin. Un facteur commun est compris entre 4km et 5km…4,72km, que nous avons nommée lieue mégalithique (lieueM) et son tiers vaut 1,572km (le mileM)

On vérifie que nous avons dés lors affaire à un triangle de rapports 3-4-5 …bien connu des ésotéristes: le triangle de Pythagore. L’hypoténuse étant le diamètre d’un cercle passant par le sommet opposé, nous l’avons tracé….et constaté que symétriquement au centre géométrique, se trouve le site hypothétique de la Blanche Borne à Castillon (Walcourt) ….Le Centre du cercle ainsi tracé se trouve à l’orée d’un bois voisin du Martinsart et de la borne K9de la route N689 (Chimay-Cerfontaine) près du lieu dit Heurteau où notre collègue Colonval a identifié des silex taillés datant vraisemblablement du mésolithique. L’ajustement des deux triangles observés construit un rectangle dont les quatre angles « droits » ont été mesurés et sont : 90,1° ± 1,2°, sans autre incertitude ! 

On peut évidemment pousser les investigations plus loin. Est-ce raisonnable ?

Mais on se rappellera qu’outre Stonehenge (3000-2500 av JC) de nombreux sites de la même époque manifestent des orientations solaires, sinon lunaires, privilégiées.

Ainsi, en Irlande, le tumulus et l’allée couverte avec chambre funéraire de New Grange (datée de 2460 av JC au C14, corrigé à 3000 av JC) sont orientés au Soleil levant du Solstice d’hiver (la renaissance de la lumière). Le site est couvert de figurations solaires (motifs en spirales et triscèles, bien plus tard chers aux celtes et aux germains). On trouve les mêmes notamment à Gavrinis- Table des Marchands (Locmariaquer en Bretagne).

En Egypte le Temple d’Abu Simbel possède un couloir orienté au lever du Soleil le jour de l’installation du Pharaon Ramsès (20 février) et la lumière éclaire alors, durant quelques instants, sa statue située entre quatre divinités, ainsi que le signale Christiane Desroches-Noblecourt, restauratrice du site.

Enfin, cerise sur le gâteau, une archéo-astronome s’est avisée que le jour du solstice d’été la configuration du couloir d’entrée de la grotte de Lascaux conduit une tache lumineuse solaire à éclairer à son coucher un Taureau dessiné sur une paroi. Cela se passe voici 20 à 25000 ans dans le passé. Mais en effet, au moment de la peinture des lieux, par le jeu de la précession des équinoxes le Soleil était bien en Taureau, comme il l’était au début de notre Ere! Retour cyclique des choses….Pur hasard ?

A-t-on le droit de rêver ?

 

André Koeckelenbergh

15 avril 2011

 

Le Zeupire (Pierre de Zeus, ou de Dieu) à Gozée (Thuin)

Le Zeupire (Pierre de Zeus, ou de Dieu) à Gozée (Thuin)

 

 

 

 

 Bibliographie sommaire :

 

  • 1957- F. Niel : « Dolmens et menhirs », edit PUF, Que sais-je ? n°764
  • 1963- G.S. Hawkins: « Stonehenge decoded », (Nature, vol 200, n°4904, p306, oct26)
  • 1966-G.S.Hawkins: “Stonehenge Physics”, (Physics To Day, vol 19, n°4, p38, April)
  • 1969- Willy et Marcel Brou: “Chaussée Brunehaut et monuments mégalithiques en Gaule du
  •  Nord, (edit : R. Louis, Bruxelles)
  • 1970- J.H.Robinson: “Sunrise and moonrise at Stonehenge” (Nature, vol225, n°5239,
  •  p1236, march28)
  • 1970- H de Saint Blanquat: “ La vraie découverte des dolmens » (Science et Avenir, p586)
  • 1972- C.A.Newham: « The astronomical signifiance of Stonehenge » édit Moon Publ
  •  (Wales)
  • 1973- S.Mitton : “L’astronomie mégalithique” La Recherche, vol 4, n°34
  • 1974- Fernand Niel : « Stonehenge », édit : Rober Laffont
  • XXX- G.Burenhult : « Newgrange : le temple du Soleil » in « Les mégalithes en Europe
  •  Occidentale » p96 ; (?)
  • 1977- D.C. Heggle: « Megalithic astronomy – fact or fiction?” Quart. Journ. of RAS,
  •  Vol 18, p 450.
  • 1977- G.S. Hawkins: “Soleil sur Stonehenge” edit Copertnic
  • 1979- R.J.C. Atkinson: « Stonehenge, archeology and interpretation” Pelican Book, edit
  •  1956 revised.
  • 1979- H. de Saint Blanquat : “ Lascaux redécouvert” Science et Avenir
  • 1980- G. Daniel: « Megalithic Monuments » Scient. Americ.july 1980, p64
  • 1981- J. Hamel: “Astronomie in alter Zeit” edit. Archenhold-Sternwarte Berlin-Treptow
  •  (Vorträge Nr 60)
  • 1984- A.M.Sween& C.Burgess : « Au temps de Stonehenge » catalogue expo Tournai
  • 1988- Willy et Marcel Brou : « Les mégalithes de Gaule Belgique » (édit. : techn et scientif ;
  •  Bruxelles)
  • 1989- J.P.Mohen : « Le Monde des Mégalithes » édit Casterman
  • 1991- Musée de Wéris : « De Carnac à Wéris, regards sur les mégalithes » (Exposition-
  •  Catalogue en deux volumes)
  • 1993-T.H.Kirk:”The significance of the 56 holes of the Aubrey circle at Stonehenge »
  •  (Q.J.R. astr;Soc. 34. p567)
  • 1998-J.P.Mohen : « Les mégalithes, pierres de mémoires » Découvertes, Gallimard, n°353
  • 2000- T.H.Kirk: « A new look at Stonehenge » The Observatory vol.120 p308
  • 2008-C.Alexander: « Secrets of Stonehenge », (National Geographic, vol 213, p34, June)
  • 2011- B. Arnaud : “Stonehenge, le long chemin des pierres bleues” (Science et
  •  Avenir, n°770, p22, avril).

 

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