Troie, une cité énigmatique ?

Je ne suis pas historien et ma formation serait plutôt scientifique. Il paraît que je rédige mes textes comme des rapports de labo…
Cet article n’a donc pas pour but d’analyser l’Iliade et l’Odyssée, mais bien de se limiter à la ville et à la guerre de Troie, ses causes, ses conséquences et sa crédibilité.

Qui n’a pas entendu parler du cheval de Troie et du chant des sirènes qui tentèrent Ulysse ? On évoque le « talon d’Achille », on parle de tomber de « Charybde en Scylla », de « cheval de Troie » en informatique, de faits dit « homériques » et pour les gastronomes de « poire belle Hélène ». (Pour cette dernière je ne suis pas certain de l’origine…).
Ces expressions courantes dans la culture occidentale font références aux textes d’Homère. L’Iliade et l’Odyssée sont devenues des textes fondateurs de notre culture.

Homère, on en parle beaucoup mais on sait peu de chose de sa vie et de ses écrits. Il aurait rédigé l’Iliade et l’Odyssée en Asie Mineure entre 700 et 800 av. JC.

  • Dans l’Iliade, Homère raconte un bref épisode de la guerre de Troie. Celui où Achille, héro achéen, refuse de combattre Agamemnon, roi de Mycènes, qui lui a ravi son esclave favorite pour se dédommager de la perte de la sienne. Ces guerriers qui menacent Troie viennent de Grèce, conduit par Agamemnon, roi de Mycènes et veulent reprendre la femme de Mélénas, roi de Sparte. Cette « Belle Hélène » que le prince Troyen Pâris a enlevée. Lors d’une querelle avec Agamemnon, Achille quitte le combat. C’est la « colère d’Achille » chantée par l’Iliade. Il reprendra les armes pour affronter Hector, le meilleur guerrier des Troyens.
  • L’Odyssée raconte le voyage de retour d’Ulysse, qui quitte Troie après sa victoire pour rejoindre l’île d’Ithaque dont il est le roi.

En comparant ces 2 œuvres avec les textes grecs et romains, les historiens se rendent très vite compte qu’il ne s’agit pas d’un livre historique, mais bien d’une légende. Si Homère en est bien l’auteur, et on n’en est pas certain, il les compose à partir d’histoires et de descriptions archaïques, mélangées avec des références de son époque.

Comment ce mythe est-il entré dans l’histoire moderne ?

En 1870, Heinrich Schliemann, un homme d’affaires allemand, commence des fouilles sur la colline d’Hissarlik en Turquie.
Schliemann n’est pas archéologue et les fouilles, il les fait à la dynamite. Très vite, il découvre que la colline est un empilement de villes. Il part du principe que la Troie de l’Odyssée doit être la plus ancienne, donc la plus profonde. Il fait creuser sans se soucier des destructions irréparables causées aux différentes villes superposées. Il va ainsi saccager 13 villes.

TroieEvolutions

 

En 1873, il arrive sur le site de Troie I.

Miracle ! Il pense avoir découvert la mythique ville de Troie. Ses doutes sont dissipés quand il met au jour des quantités d’objets luxueux. Il affirme avoir découvert le trésor de Priam !

Ce trésor est composé d’armes en cuivre, de vaisselle d’or et d’argent, 8750 perles, des quantités de pierres précieuses et de bijoux en or. Un trésor digne d’Indiana Jones.
Attiré par l’or, il fait secrètement transporter le butin à Athènes. Personne n’en veut car on craint les procès avec la Turquie. Il propose alors d’en faire don à la Grèce à condition que l’on construise un musée à son nom rien que pour ce trésor. La Grèce refuse. Il propose alors à la France et à la Grande Bretagne de l’acheter. Mais il essuie aussi un refus car ces 2 pays redoutent les ennuis diplomatiques. Il s’adresse sans succès à la Russie.
De 1877 à 1881, il parviendra à faire exposer les pièces du trésor en Angleterre. Schliemann finira par l’offrir au musée ethnologique de Berlin où il tombera dans l’oubli.

Après la 2° guerre mondiale, les Américains, les Français et les Britanniques le rechercheront vainement à Berlin. On le fit passer en pertes et profits en le supposant caché par les nazis avec beaucoup d’autres œuvres d’arts.

BijouxA1
BijouxB MmeSchliemann2

Voici quelques exemplaires des bijoux ainsi que Mme Schliemann parée des plus beaux.

Dans les années 1930, un archéologue américain, Carl Blegen, date les différents niveaux du site. Il les situe pour Troie I à 3000 ans av. JC. à 400 ans ap. JC pour Troie XIII. Il jette un pavé dans la mare en affirmant (avec raison) que le site de Troie chanté dans l’Iliade est Troie VI ou VII.
Il démontre que les bijoux ne ressemblent pas à ceux trouvés dans les tombes mycéniennes mais sont antérieurs d’un millénaire à l’Iliade.
Son expertise situe les faits décrits dans l’Iliade au niveau VI ou VII. Sans doute Troie VI, car les vestiges dégagés ressemblent à ceux trouvés à Mycènes. Les fouilles reprendront vers 1950 et continuent encore de nos jours.

Les conclusions de Blegen seront confirmées par la réapparition du Trésor de Priam en 1993 dans les réserves du musée Pouchkine à Moscou. Malgré de nombreux procès intentés par l’Allemagne et la Turquie, il est toujours à Moscou.

En 2009 des archéologues de l’université de Tubinguen en Allemagne annoncent la découverte des restes d’un couple à l’endroit où se trouvait le mur d’enceinte d’une ville datée 1200 av. JC à la fin de l’âge de bronze. Cette période ne coïncide pas exactement avec la période de la guerre de Troie, mais les nombreuses urbanisations et les fouilles à la dynamite de Schliemann, auraient pu modifier la strate de l’inhumation qui daterait bien de Troie VI ou VII.
Soyons réalistes, il est peu probable qu’il s’agisse des restes de Cassandre, d’Achille ou d’Hélène !

Est-il possible d’établir une chronologie des différents niveaux et pourquoiHomère décrit-il Troie comme une ville fabuleusement riche ?
La chronologie acceptée est la suivante :

  • Des vestiges d’une agglomération néolithique (non comptabilisée dans les sites).
  • Troie I de 3000 à 2500 av. JC.
  • Troie II de 2500 à 2200 av. JC. : Civilisation dite « maritime ».
  • Troie III, IV et V : 2200 à 1800 av. JC. : Culture typiquement anatolienne.
  • Troie VI et VII de 1800 à 1200 av. JC. : Période de la culture troyenne.
  • Troie VIII à IX : 1200 à 85 av. JC. : Période d’Homère et du peuplement grec.
  • Les strates X à XIII sont d’occupation romaine, byzantine et ottomane.

Il est normal que le site de Troie fût déjà florissant à la période néolithique. Durant cette période, le monde Egéen était tributaire de l’Anatolie. Vers la fin du IV° millénaire av. JC, le travail du métal va se diffuser vers la Grèce à partir de cette région.
Des barques rudimentaires permettaient le transport des matériaux vers les Cyclades. Un trafic maritime va certainement exister aussi vers la mer Noire. C’est au confluent de ces 2 routes, à l’entrée des Dardanelles, que se situe la ville de Troie. C’est une citadelle qui contrôle le commerce et les échanges vers la Syrie, la Mésopotamie et l’Egypte et l’est de la mer Noire. Fortifiée dès le néolithique, elle va petit à petit s’étendre et construire de nouveaux remparts.

Troie I (3000 à 2500 av. JC)

C’est un petit village d’environ 90 m de diamètre daté du bronze ancien. La population est sans doute originaire de l’est de la mer Egée. Le site ne présente aucune similitude avec les cultures néolithiques d’Anatolie. Il est certain que la ville fut détruite par un incendie. Il y a quelques similitudes avec des constructions minoenne et mycénienne.

TROIE II (2500 à 2200 av. JC)

: Site caractéristique de la culture égéenne.

RampePaveeLa ville est plus grande et les remparts plus imposants. On pénètre dans la ville qui semble assez riche, par de grandes rampes pavées. C’est à cette période qu’appartient le trésor de « Priam ». Les maisons sont en pierres et cela est nouveau, il y a une urbanisation constituée de petites maisons juxtaposées. On connaît l’usage du four, du tour et de la poterie. Ce petit royaume fonde sa richesse sur l’industrie et le négoce du bronze. Il contrôle le commerce maritime de l’étain (celui-ci n’existe pas en Anatolie). La destruction vers -2200 semble due à un tremblement de terre.

Troie III et Troie IV (2200 à 2050 av. JC)

La ville se fortifie. Les remparts atteignent 10 m. d’épaisseur. Les maisons sont plus grandes et construites en pierres. C’est aussi l’apparition de vases anthropomorphes. La civilisation est surtout pastorale et tire une grande partie de ses revenus du tissage. La ville fut sans doute détruite par un séisme. Vers -2000, la vie semble moins prospère et se rapproche plus de Troie II et III. Il semble que le site fut abandonné vers 1900 av. JC.

Troie V (1900 à 1800 av. JC.)

 

Un nouvel essor !

La ville est entièrement reconstruite avec une urbanisation plus rigoureuse et des maisons plus grandes, voire avec 2 étages. C’est aussi la première découverte d’ossements de chevaux.

Troie VI (1800 à 1300 av. JC)

Cette ville correspond sans doute à la période homérique. Elle mesure 80.000 m². C’est l’âge d’or de la ville. Les fouilles montrent une grande enceinte et un bâtiment qui fut sans doute un palais entouré de maisons construites en cercle concentrique. La ville devait abriter plus ou moins 6000 âmes. La population ne
semble plus être d’origine grecque, mais bien indoeuropéenne (culture dite minyenne). CetteMurailles-VII culture est un mélange de civilisation égéenne (2500 av. JC) et anatolienne (2400 av. JC).

La population pratique l’incinération des morts et plus la mise en terre. Il y a une grande spécialisation sur la fabrication et l’utilisation du bronze. Pourtant on y trouve des poteries crétoises et chypriotes.
Cela est dû à une grande activité commerciale avec les peuples de la Méditerranée. Les vestiges architecturaux montrent une destruction accidentelle (séisme)
vers -1275 suivie vers -1240 d’une destruction volontaire (guerre ?). Les os découverts indiquent que les Troyens élevaient des moutons, des bovins, Murailles-VI3des porcs et des chevaux. Des silos nous confirment une culture de l’orge.
Le commerce n’est pas dirigé totalement vers la Méditerranée mais aussi vers l’Asie Centrale. On a découvert des ossements de petits chevaux des steppes et surtout de l’étain en provenance d’Afghanistan.

Murailles de Troie VI et VII

Troie VII (1300 à 1100 av. JC)

Ce niveau est riche en objets de type thrace. La ville semble moins riche mais les fortifications sont restaurées. De nombreuses jarres à provisions laissent penser que la population se préparait à un siège. Les murs calcinés montrent qu’un incendie détruisit la cité. Les ruines restèrent inoccupées pendant 4 siècles. Est-ce cette Troie que les Grecs assiégèrent et mirent à sac ?

Troie VIII et IX (700 av. JC à 85 av. JC)

Ces 2 niveaux correspondent aux occupations grecque et romaine. D’abord les Eoliens (une des 4 tribus de la Grèce antique) occupèrent le site au 7° siècle av. JC et l’appelèrent Ilion.
Au VI° s. av. JC, la ville fut soumise aux Perses.
Au IV° s. av. JC, Lysimaque (un lieutenant D’Alexandre le Grand) reconstruisit la ville et lui donna le nom de « Nouvelle-Ilion ».
En 86 av. JC, elle fut dévastée par Fimbria, un partisan de Marius (Général romain et Consul). Jules César ordonnera la reconstruction. L’acropole accueillera le temple d’Athéna. De cette époque demeurent les thermes, quelques maisons, un théâtre.

Troie X à XIII

Par la suite occupée par les Byzantins et ensuite les Ottomans. Il ne reste pratiquement rien de ces 2 époques. Destruction et récupération mirent fin aux constructions.

Plantons le décor de cette guerre homérique :GuerreHomerique2

Homère a écrit l’Iliade et l’Odyssée à la fin du VIII° siècle av. JC, soit minimum 5 siècles APRES les événements qu’il décrit. Ce récit n’est probablement pas un recueil historique mais plutôt une fiction basée sur des souvenirs de l’histoire grecque. Il s’agit peut-être aussi de propagande « pro-Grec ».
A l’époque d’Homère, la Grèce vit une crise sociale, avec l’enrichissement des riches propriétaires et une augmentation de la pauvreté. Beaucoup de démunis partent vers les colonies de la Méditerranée occidentale jusqu’aux côtes orientales de la Mer Noire. Dans le même temps, le commerce connait un grand développement avec l’apparition des monnaies et d’une classe de commerçants et d’artisans.
Une révolution sociale est en train de naître. Passage d’une communauté « tribale » à une société de type « cité Etat». La population urbaine se développe et l’esclavage augmente. Pour la première fois des corps d’armées organisés sous le contrôle de l’Etat apparaissent. Ce contexte demande une stimulation de la population.Pourquoi ne pas choisir la guerre de Troie ?
C’est un conflit mythologique provoqué par l’enlèvement d’Hélène, reine de Sparte, par le prince Troyen Pâris. En rétorsion, Ménélas, l’époux bafoué lève une expédition pour venger son honneur. Avec l’aide de son frère Agamemnon, il rassemble la plupart des rois grecs dont Achille, roi des Myrmidons, Ajax, roi de Salamine, Nestor, roi de Pylos… L’armée dirigée par Agamemnon, roi de Mycènes, et frère de Ménélas. On situe l’épisode vers 1230-1225 av. JC. Est-ce plausible ?
Si guerre il y eut, elle fut certainement beaucoup moins importante qu’Homère la décrit. Les forces en présence sont disproportionnées ! Seuls les Grecs possèdent une flotte commerciale digne de son nom et un système où le culte se désolidarise de l’intellect. Le commerce fait partie intégrante de leurs mœurs.
La culture troyenne est d’origine Anatolienne, c’est-à-dire gérée par les militaires et les religieux, plus proches d’un système féodal.

Les Grecs se présentent avec 5 groupes d’armée et des centaines de vaisseaux.

  • La Grèce continentale avec 262 vaisseaux et 5 armées locales.
  • Le Péloponnèse se présente devant Troie avec 430 vaisseaux et 6 groupes d’armée.
  • Les îles Eoliennes avec 92 vaisseaux et 3 groupes d’armée.
  • Les Sporades avec 132 vaisseaux et 6 groupes d’armée.
  • La Grèce du nord avec 280 vaisseaux et une dizaine de groupes d’armée.

Les alliés des Troyens se composent de :

  • Un groupe européen : Thrace et Macédoine.
  • Les peuples bordant la mer Noire, la mer de Marmara et les Anatoliens
  • Les populations du centre et du sud de l’Asie Mineure.

 

  • N’est-il pas étrange de voir un rassemblement aussi considérable de peuples, représentant tout le monde oriental et occidental connu de l’époque où aurait eu lieu la guerre de Troie ?Cela a dû être une guerre fantastique !
  • Homère fournit énormément de renseignements historiques, géographiques et économiques. Si la mobilisation fut si forte c’est probablement parce que les 2 groupes voulaient absolument préserver la domination du passage entre la mer Noire et la Méditerranée, nécessaire pour maintenir le commerce entre l’Europe et l’Asie centrale.
  • Pourquoi Homère a-t-il glorifié et flatté des états qui n’existaient plus depuis plusieurs siècles ?
  • Cette guerre aurait duré 10 ans. C’est inimaginable !

Après 10 années et beaucoup de péripéties relatées par Homère, les Grecs décident de lever le siège. Imaginez des milliers d’hommes, de chevaux, de chars, de bivouacs réembarqués dans des centaines de vaisseaux qui attendent depuis 10 ans.
Ulysse, un malin, décide de laisser un cadeau aux Troyens. Il fait construire un énorme cheval en bois dans lequel ils cachent des guerriers au nombre desquels on compte Ulysse et Ménélas. Les Achéens brûlent leur camp, réembarquent et cachent leur flotte derrière l’île de Ténédos qui se trouve à l’entrée du détroit des Dardanelles. Virgile dans l’Enéide prononcera les paroles suivantes : («Quoi qu’il en soit, je redoute les Grecs, même porteurs de présents »).
Comme c’était un présent de la déesse Athéna, les Troyens sentirent leur méfiance disparaître et rentrèrent le cheval dans la cité.
Ils étaient vraiment très naïfs.
Une grande fête est organisée pour fêter le départ des Grecs. La nuit, les soldats sortent du cheval et ouvrent les portes de la ville. Tous les hommes sont tués, les femmes et les filles emmenées en esclavage et tous les enfants mâles sont égorgés de manière à éviter une vengeance dans les années qui suivent.
Cela nous paraît horrible, mais la ruse de guerre appelée « métis », se distingue de la tricherie, du délit et du crime par le fait qu’elle est autorisée par la loi où les règles en usages sont celles du jeu, de l’art et des accords.

Certains auteurs suggèrent que le cheval était en fait un bateau porteur d’une ambassade de paix. Les Troyens auraient découvert trop tard que la ruse de guerre pouvait aussi prendre cette forme.

C’est la seule période de l’histoire où la ville de Troie n’aura pas été d’essence grecque. La légende est partiellement confirmée par la découverte aux niveaux de Troie VI et VII de murailles défensives efficaces ; mais surtout de traces d’incendies et de destructions qui ne peuvent pas être attribuées à un événement naturel.

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Le bonheur des assiégeants fut de courte durée. De nombreux marins furent engloutis par une mer déchainée et le peu de Grecs qui rentrèrent ne furent même pas reconnus par leur famille. Ménélas mit 8 ans pour rentrer à Sparte et Agamemnon est assassiné par sa femme Clytemnestre à son arrivée à Mycènes.

Ulysse déguisé en mendiant cherche à se faire reconnaître de Pénélope, relief en terre cuite de Milo, v. 450 av. J.-C., musée du Louvre

Ulysse déguisé en mendiant cherche à se faire reconnaître de Pénélope, relief en terre cuite de Milo, v. 450 av. J.-C., musée du Louvre

Pour Ulysse ce fut un calvaire, qu’Homère nous raconte dans l’Odyssée. Il lui arriva un tas d’aventures toutes des plus féeriques et magiques. Il mit 10 ans pour rentrer à Ithaque et y retrouver sa femme Pénélope.

Ulysse déguisé en mendiant cherche à se faire reconnaître de Pénélope. Relief en terre cuite de Milo, v. 450 av. J.-C., musée du Louvre

Une autre hypothèse est parfois avancée. La guerre de Troie n’était-elle pas un conflit entre Grecs et Hittites ?

 (Jacques Freu .Université de Sohia Antipolis. Nice)

Lira-t-on un jour, une version hittite du récit de la guerre de Troie ? Exhumera-t-on des steppes d’Anatolie une tablette en lettres cunéiformes racontant le siège par les Grecs, d’une grande cité d’Anatolie ?
Ce n’est pas impossible ni absurde.
Les Hittites entretenaient des relations diplomatiques avec les premiers Grecs. De plus des historiens ont trouvé de troublantes similitudes entre des documents découverts dans la capitale Hittite, Hattusa, et l’histoire racontée par Homère.

La plus ancienne mention écrite des Grecs est mycénienne, ces mêmes Grecs dont la société sera décrite par Homère. Le texte baptisé « Les Péchés de Madduwatta » dans lequel le roi d’ Hattusan qui règne autour de 1400 av.JC. cite une liste des félonies d’un de ses vassaux appelé Ahhuya où le roi lui rappelle qu’il est débiteur des souverains Hittites.
Le nom « Ahhuya » est la transcription en Hittite du terme « Achéens » et c’est ainsi qu’Homère désigne les Grecs rassemblés devant Troie. Les héros Agamemnon, Ulysse, Patrocle, Achille sont désignés sous le vocable français « Achéens ». De plus, dans ce texte hittite, on relate une bataille entre Hittites et Achéens dans laquelle un seul homme est tué dans chaque camp. Le texte cite aussi un certain Atarssiyya qui selon les textes Hittites serait un souverain achéen ayant régné autour de 1400 avant notre ère. Il ne serait autre qu’Altrée, le roi mythique de Mycènes, père du non moins célèbre Agamemnon, celui qui conduisit les Grecs devant Troie.

Le Prof. Freu reconnait que le rapprochement est audacieux, mais possible. Pourtant, il consolide son analyse par d’autres preuves.

Dans les anales du roi Hittite Tuthaliya II, qui règne en 1430 avant notre ère, il est écrit que ce souverain est allé vers l’ouest et qu’il a conquis 22 pays, dont « Taruisa et Wikusa ». Certains pensent que Taruisa c’est Troie et Wilusa c’est Ilios ou Ilion, autre nom de Troie dans l’Iliade. D’autres faits sont encore plus troublants.
Muwatali II signe un traité vers 1300 avant notre ère avec le souverain de Wilusa.
Le nom de ce roi ? Alakshandu ! Cela est bien Alexandre.
Or dans l’Iliade, le nom du fils de Priam, souverain de Troie, n’est autre que Pâris, que les troyens appellent aussi Alexandre.
Une autre tablette retrouvée dans les archives hittites apporte un élément de preuve supplémentaire. Entre 1300 et 1250 avant notre ère, le roi Muwatalli II ou Hatttusili III, adresse une missive au roi achéen qui règne à Mycènes. Il évoque la « cité de Wilusa » à propos de laquelle nous étions hostiles l’un envers l’autre », avant de reconnaître ses torts dans le conflit (mais sans les préciser). Le nom du roi achéen n’est pas cité. Par contre il nomme un des frères du roi : Tawagalawa. Ce qui d’après le Prof. Freu est la prononciation, dans le dialecte archaïque des Mycéniens, du nom grec Etaoclès qui se prononçait « Etèwoklèwes »

Faut-il considérer l’hypothèse d’une guerre opposant les Grecs aux Hittites comme la plus probable ? Possible !
Ce qui est certain c’est que les fouilles entreprises à Troie ont livré un seul sceau en bronze (Troie VI) et que la correspondance entre le roi Hittite et Mycènes mentionne un conflit, mais pas une guerre, ni le siège d’une ville.
De plus Homère ne cite jamais les Hittites. La carte représente la situation géopolitique du Moyen-Orient après les conquêtes hittites de Suppiluliuma Ier , Mursili II etMuwatalli II, vers 1275 avant notre ère. (Cfr. Carte ci-après)Carte

Sceau en bronze (âge du bronze) découvert à Troie en 1995. Son propriétaire occupait la situation élevée de scribe. Le texte n’était pas comme on s’y attendait le linéaire B des Grecs mycéniens, mais du hittite. Il mesure 2,5 cm de diamètre et 1 cm d’épaisseur. Sur une face, l’ins cription dit que son propriétaire est scribe, l’autre face était utilisée par sa femme. Il a la caractéristique d’être écrit en hittite cunéiforme sur les faces et en hittite hiéroglyphique sur sa tranche.

Sceau en bronze (âge du bronze) découvert à Troie en 1995. Son propriétaire occupait la situation élevée de scribe. Le texte n’était pas comme on s’y attendait le linéaire B des Grecs mycéniens, mais du hittite. Il mesure 2,5 cm de diamètre et 1 cm d’épaisseur. Sur une face, l’ins cription dit que son propriétaire est scribe, l’autre face était utilisée par sa femme. Il a la caractéristique d’être écrit en hittite cunéiforme sur les faces et en hittite hiéroglyphique sur sa tranche.

En conclusion, le monde homérique peut-être considéré comme un rêve et comme tout rêve il fait appel à ce que nous possédons de plus intime et de plus lointain. Mais il est aussi légitime pour des historiens d’y chercher des indices de réalité. Il y a dans l’Iliade, un chant où Ulysse remet le « démos » dans le droit chemin. A notre tour, comme les Hellènes regardons si nous pouvons y trouver matière à enseignement. Dans la langue d’Homère le mot « demos » (que l’on retrouve dans le mot démocratie) désigne une communauté liée au terroir. Associé au mot « laos » il désigne une communauté guerrière.

Reconstitution de Troie VI, avec la porte Sud, appelée porte Scée par Homère. Depuis la porte de guet, la vue s’étend sur les plaines de la rivière Scamandre, sur lesquelles, d’après Homère, des combats eurent lieu pendant10 ans.

Reconstitution de Troie VI, avec la porte Sud, appelée porte Scée par Homère. Depuis la porte de guet, la vue s’étend sur les plaines de la rivière Scamandre, sur lesquelles, d’après Homère, des combats eurent lieu pendant10 ans.

Vestiges de la porte Scée. On peut voir la route principale menant au palais et à gauche, les fondations de la tour sud.

Vestiges de la porte Scée. On peut voir la route principale menant au palais et à gauche, les fondations de la tour sud.

Vestiges de la porte Scée. On peut voir la route principale menant au palais et à gauche, les fondations de la tour sud.

Vestiges de la porte Scée. On peut voir la route principale menant au palais et à gauche, les fondations de la tour sud.

Suite à la conférence concernant « La Route de la soie », j’ai eu le plaisir de vous faire découvrir « les Kalashs descendants d’Alexandre le Grand » .Pour rester dans le thème de ces grandes routes commerciales, je prépare un texte sur « Les Khazars, peuple du seul royaume hébraïque d’Europe Orientale. »

Michel Hancart,
votre envoyé spécial sous les murs de Troie.

Bibliographie :

  • « Entre fiction et histoire : Troie et Rome au Moyen Âge » Presse de la Sorbonne 1997. Emmanuelle Baumgardner et Laurence Harf-Lancer
  •  »Dire et penser le temps. Au frontière du roman et de l’histoire » Presse de la Sorbonne 2005. Emmanuelle Baumgardner et Laurence Harf-Lancer
  •  »Le Mythe de l’origine Troyenne au Moyen Âge et à la Renaissance » Jacques Poucet 2003
  •  »Les ruses de l’intelligence, la Mètis des grecs « Marcelle Detienne 1974
  •  »Scliemann : à la poursuite d’un rêve .La Méditerranée d’Homère et la guerre de Troie » Col. Histoire n°24 de 2004 .Paul Faure
  • Hervé Duchène , »L’or de Troie ou le rêve de Schloemann » Gallimard aechéo. 1995.
  •  « Les fouilles d’H. Schliemann : exposition de Moscou, musée des beaux-arts Pouchkine « Gallimard Electra 1996.
  • Extraits de l’Odyssée et de l’Iliade.
  •  « L’Antiquité rêvée » Musée du Louvre 2010. Commentaires en ligne.
  • Homère et l’Anatolie. Ed Harmattan 2008 de M.Mazoyer.
  • Stratigraphie du site de Troie (Clio la muse)
  • Site consacré aux fouilles de Troie de l’Université de Cincinnati.
  • Site archéologique d’Hissarlik (www.evene.fr)
  • Le trésor de Troie par L.Godard .Prof. Univ. De Naples (http/www.clio.fr/Bibliotheque/ le trésor de Troie.asp)
  • Les bijoux de Troie restitués Ankara (Figaro septembre 2012).
  •  books.google.com/books/about/Hittites_et_Achéens.html?id…du Prof. Freu Sophia Antipolis .
  • Fusion n°92 septembre et octobre 2002. http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/31/89/29/Fusion-92/F92.4.pdf
  • http://remacle.org/bloodwolf/poetes/homere/iliade1.htm Traduction de l’Iliade.

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