Les remparts de Walcourt

Étude qualitative dans le cadre de la restauration

1. Précisions

Je vais vous parler des remparts de Walcourt. Comme l’indique le sous-titre, c’est la qualité des remparts et par extension celle de son site qui est analysée. Il ne s’agit donc pas d’un dossier de restauration, comme ceux couramment présentés dans le cadre de cette formation 1, mais bien d’une réflexion sur la qualité d’un site avant d’en envisager une restauration ou un classement. Il y a très peu d’informations sur l’histoire de Walcourt et encore moins sur ses fortifications. Il est donc nécessaire de combiner les éléments d’histoire à l’étude de l’iconographie ancienne des fortifications et l’état actuel des lieux pour obtenir un maximum d’informations.

2. Situation géographique et origines

Le site de Walcourt appartient à une région de type rural et vallonnée. De plus, il se situe sur un promontoire rocheux.

Une région vallonnée Walcourt par Remacle Le Loup, 1744

Une région vallonnée
Walcourt par Remacle Le Loup, 1744

Ce sous-sol engendre un mode de construction qui évolue peu mais aussi un contexte archéologique particulier (occupation permanente, affleurement de la roche et aménagements de caves qui ont certainement fortement perturbé voir effacé les plus anciennes couches archéologiques). Les origines de Walcourt restent obscures et légendaires jusqu’en 1026. Une présence romaine, puis franque est bien attestée dans la région mais elle ne peut être confirmée sur le site même de Walcourt, même si elle y est fort probable. Ce qui est certain, c’est qu’en 1026, la ville jouit déjà d’une certaine importance en grande partie grâce au culte voué à Notre-Dame. Sur le site c’est surtout la légende de Saint-Materne qui est répandue. Les traditions le font remonter souvent au IVe siècle, parfois au le mais il semble plus tardif. En ce qui concerne l’histoire, depuis toujours et, en particulier, depuis le XIIIe siècle, la ville de Walcourt est un centre réputé pour le culte voué à Notre-Dame. Walcourt doit également son succès grâce à ses marchés, ses foires, son commerce et son artisanat qui en font une ville très fréquentée et florissante au Moyen-Age. Cependant, sa situation géographique, à la jonction des comtés de Namur et du Hainaut, et non loin de la frontière française, fait de la ville de Walcourt un élément important pour la défense du comté de Namur auquel elle est rattachée. En conséquence, ce lieu a toujours été convoité, souvent envahi et détruit. Les murs sont finalement partiellement démontés par ordre de Louis XIV à la fin du XVIIe siècle. Ce n’est pas sans conséquence dans l’histoire du site. Cependant, les murs de Walcourt sont toujours partiellement présents. Il faut encore noter la création de la rue de la montagne au milieu du XIXe siècle car elle à considérablement changé la configuration de la ville.

3. Les fortifications

a. La problématique

La ville à évolué et toute une série de maisons a été construite en partie sur le mur d’enceinte. Ainsi, les murailles elles-mêmes servent de mur ou de fondation aux architectures actuelles. Dans d’autres cas, les vestiges de l’enceinte sont détruits ou situés sous les maisons elles-mêmes. Pratiquement, chaque propriétaire d’une habitation qui chevauche les remparts est actuellement responsable d’un morceau de ceux-ci. Certaines parties sont englobées dans des constructions plus récentes et les vieux murs de l’époque médiévale sont laissés à l’appréciation du propriétaire! Ainsi, chaque pan de muraille peut être soit en ruine (et présenter un danger pour le passant), soit aménagé suivant les goûts et/ou les moyens de son propriétaire…

b. L’enceinte

1. Rappel

La ville se situe sur un promontoire rocheux; elle occupe déjà naturellement une position dominante et protégée (propice à une fonction de fortification). Le sous-sol est une roche peu profonde sur laquelle les murs sont construits. La ville est sans cesse assaillie au cours de son histoire ; il n’est pas impossible qu’elle ait rapidement cherché à se protéger.

2. Le tracé

La ligne des remparts est plus ou moins conservée, sauf au sud où le mur était doublé par un fossé pour barrer l’éperon.

Walcourt, Guicciardini (1567)

Walcourt, Guicciardini (1567)

Reconstitution des remparts d'après Guicciardini, 1567

Reconstitution des remparts d’après Guicciardini, 1567

Le premier grand changement des remparts concerne l’abattage de l’enceinte intérieure où était situé autrefois le château des seigneurs de la ville (fin du XVIe siècle, sous Philippe II). Cela permet d’ouvrir la ville et à l’habitat de se développer.
Walcourt, plan manuscrit (XVIIe siècle)

Walcourt, plan manuscrit (XVIIe siècle)

Reconstitution des remparts d'après un plan manuscrit du XVIIe Siècle

Reconstitution des remparts d’après un plan manuscrit du XVIIe Siècle

L’enceinte présente généralement un tracé brisé avec trois décrochements de la muraille et certaines zones plus arrondies. Quant au fossé du côté sud (qui s’étend partiellement à l’est et l’ouest), il est, lui aussi, bien représenté sur la plupart des vues anciennes. Le nombre de tours, et surtout leur position, fluctue en fonction des représentations, mais quatre éléments restent fixes sur tous les plans : les portes Notre-Dame (sud-ouest) et du Resteau (sud-est), ainsi que les poternes a l’Eau et Del Vaux.

Ma reconstitution des remparts

Ma reconstitution des remparts

3. L’histoire de l’enceinte

L’approche archéologique du site a démontré son occupation permanente mais il n’est pas possible de dater le début d’occupation. Une muraille est attestée vers le milieu du XIVe siècle. Il est très probable qu’elle existait déjà au début du Xe et possible à la fin du Ville, début IXe siècle (réveil des fortifications, siècle charnière). L’enceinte primaire devait probablement juste protéger la partie inférieure, puis elle s’est allongée. Ce qui est certain, c’est que la ville de Walcourt est déjà très florissante au début du XIe siècle (cf. Histoire). Elle existe probablement depuis déjà un certain temps. De plus, la présence d’un édifice religieux suppose celle d’une population plus ou moins nombreuse. Les signes de grande richesse, officiellement reconnus par le parchemin de 1026, peuvent appuyer l’hypothèse d’une ville déjà fortifiée à cette époque. Ainsi, les fortifications de Walcourt évoluent à travers les siècles, et les murs, droits ou à fruit, sont probablement témoins de plusieurs époques. Cela complique leur analyse typologique qui est rendue d’autant plus complexe de par le peu de vestiges significatifs actuellement en place, le manque d’informations et la difficulté de lecture des éléments en place.

c. Les vestiges actuels, localisation

Parmi les vestiges actuellement conservés et visibles, il y a sept tours, deux poternes, un fragment de porte et au moins deux pans de mur dont un accessible pour une éventuelle fouille archéologique (nécessaire, voire indispensable selon mon point de vue). Il est nécessaire d’établir un relevé détaillé du vieux Walcourt en vue de faire une analyse de l’appareillage des murs (tantôt régulier, tantôt irrégulier). Ce relevé augmenté d’une analyse permettrait de déterminer quels sont les murs qui appartiennent aux fortifications et lesquels sont postérieurs ou construits par les habitants. Cette opération est assez difficile suite à l’emploi quasi systématique de la pierre bleue dans la ville.

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4. Les valeurs des remparts

Le rôle des remparts: avant, ils avaient un rôle défensif. Actuellement, ces murs sont témoins d’une époque et ils confèrent à la ville un aspect particulier de bourgade médiévale fortifiée. Ils font donc partie d’un ensemble duquel ils ne peuvent être dissociés, ils ont une valeur commémorative. Le site ne possède pas de valeur historique particulière [le patrimoine architectural de défense est très fragmentaire; de petite dimension, les fortifications sont un exemple secondaire et peu représentatif du système de défense de l’époque médiévale. Le site ne jouit actuellement d’aucune protection]. Néanmoins, son histoire lui confère cette valeur historique: les murs sont partiellement abattus, par ordre du pouvoir en place, à la fin du XVIIe siècle pour ne plus être reconstruits. Par là, la muraille partiellement détruite prend une valeur historique, car la dégradation vient marquer l’événement qui est ainsi commémoré. Le site et ses fortifications possèdent une incontestable valeur d’ancienneté. En effet, la plupart des murs sont actuellement à l’état de presque ruine et directement identifiables comme appartenant au passé: pierres usées, endroits effondrés, présence de végétation… Cette valeur d’ancienneté est renforcée par les origines de la ville, légendaires mais anciennes, ne fusse que traditionnellement. Le site possède également une valeur documentaire actuellement non explorée car, si le patrimoine militaire de Walcourt semble minime comparé à d’autres, l’ensemble du site recèle de nombreuses richesses, ignorées ou cachées, qui méritent des investigations concrètes (relevé des murs, examen détaillé du type d’appareillage, fouilles des zones accessibles,…). Bien qu’ils soient intégrés, camouflés et qu’ils passent pratiquement inaperçus dans le paysage urbain, les vestiges confèrent à cette ville une ambiance particulière. Mais ils sont voués à disparaître si aucune mesure concrète n’est prise. Valeur d’utilité à double tranchant: les murs soutiennent les habitations, mais le propriétaire peut actuellement y faire ce qu’il veut tant que c’est accepté par le permis de bâtir. Il faut également envisager le coût d’une restauration d’enceinte médiévale, exorbitant pour un particulier. Par contre, un classement des murs permettrait d’uniformiser le site lors de futurs travaux de restauration partielle à concrétiser et d’envisager des subsides.

5. Conserver ou restaurer?

Actuellement, la totalité de la surface de la ville est reprise au plan de secteur comme zone d’habitat, ce qui est une menace en soi pour le patrimoine. En outre, seules la ruelle frère Hugo et la basilique sont classées, soit environ 2% (il ne reste pas grand-chose du système défensif des environs proches Mariembourg, Philippeville, … ). Une reconstitution totale à l’identique est illusoire et serait en désaccord avec l’histoire du site. De plus, Walcourt n’est pas représentatif d’un système de défense particulier sachant qu’il y a déjà Huy, Dinant, Binche et Nivelle de restaurés… Néanmoins, l’avantage de Walcourt est que l’empreinte du temps (valeur d’ancienneté) est liée, dans une certaine mesure, à la valeur historique de part son histoire (abattement partiel des murailles). La réflexion sur une restauration des remparts est donc vaste. A mon sens, la ruine déjà présente à certains endroits devrait être intégrée dans une restauration partielle (principalement un nettoyage des murs, après identification, pour assurer leur stabilité et éviter les dégradations futures) tout en considérant l’ensemble de l’ancienne place forte. En outre, cela permettrait de concilier les valeurs du passé et de contemporanéité qui sont pourtant radicalement opposées.

Gaëtane Pirlot

1 Cet article est publié en complément de la publication par le CHEW. de l’ouvrage « Les remparts de Walcourt » de Gaëtane Pirlot . Il est tiré des notes préparatoires à la défense du mémoire éponyme dans la cadre d’une Formation européenne de spécialisation en restauration du patrimoine architectural  (ndlr.)

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