La bataille de Tarciennes

23 août 1914

   La présente étude comprend :

  • Une introduction
  • Situation de la bataille de Tarciennes dans l’ensemble des opérations
  • La bataille de Lumsonry.
  • La bataille du village.
  • Le Prince Friedrich von Sachsen-Meiningen.
  • Les morts, les “saloirs”, le cimetière militaire.
  • Une conclusion.
  • Les sources
    • les livres et l’Internet.
    • des Tarciennois, témoins oculaires.

bataille de Tarciennes

INTRODUCTION

Cette plaquette est la remise à jour, à la veille du centenaire de la guerre 1914-1918, de celle qui a été écrite et publiée dans LE RAPPEL de Charleroi, en août 1954.

Que de changements depuis lors ! Le village qui, à l’époque, avec ses hameaux d’Ahérée, du Tienne, de Sainte-Face, du Calvaire, du Try-des-Marais, du Pavé, de Lumsonry et de Dohet, rassemblait environ 500 habitants, on en compte aujourd’hui plus de deux mille.

Ce spectaculaire accroissement est vraisemblablement dû à la proximité de Charleroi distant d’une bonne dizaine de km et au développement exponentiel des moyens de communication. Il s’est manifesté aussi par la multiplication de maisons privées et par une amélioration remarquable du réseau routier, ainsi que par l’apparition de beaucoup de nouvelles rues.

Par contre, dans l’ancien village, les magasins et les cafés ont quasiment disparu, tandis que les cimetières communal et militaire ont été agrandis.

A noter également que les bois Monseu et des Quatre-Frères n’existent plus.

Le village de Tarcienne comme ceux d’Hanzinne, de Thy-le-Baudhuin, de Somzée et de Gourdinne fait partie de la province de Namur, mais jouxte la province du Hainaut avec Nalinnes, Les Flaches, Gerpinnes et Hymiée.

La grand-route de Charleroi à Philippeville, devenue la Nationale 5, traverse en ligne droite les hameaux du Pavé et de Dohet et longe celui de Lumsonry. Elle coupe, pour ainsi dire, Tarcienne en deux.

C’est là que va se dérouler une partie de la bataille du 23 août 1914, tandis que l’autre partie touchera le centre et l’Est du village. 

Situation de la bataille de Tarciennes dans l’ensemble des opérations            

 Août 1914. Cinq armées allemandes, fortes chacune de 400 à 500.000 hommes envahissent la Belgique.

bataille de Tarciennes: Général Von Kluck

La première, commandée par VON KLUCK, a pour missions de prendre Bruxelles et de couper à l’armée belge la retraite d’Anvers. Contenue par la bravoure de nos soldats, elle n’atteint Bruxelles que le 20 août ; trompée d’ailleurs par la perspicacité du Roi Albert, elle n’a pu empêcher nos troupes de reculer sur Anvers.

bataille de Tarciennes: Général Von BulowLa deuxième, aux ordres de VON BÜLOW, arrêtée jusqu’au 17 août par l’héroïque résistance de Liège, entame alors une fulgurante progression au Sud de la première armée pour atteindre la route Saint-Germain-Perwez-Wawre le 19 août. Le lendemain 20, elle accentue son avance et amorce sa descente sur la Sambre.

bataille de Tarciennes: Général Von Hausen

L’armée de VON HAUSEN, la troisième, passée au Sud de Liège entre Namur et Dinant à travers le Condroz très peu défendu, fonce sur la Meuse et Dinant, dans le but notamment de s’emparer des ponts.

La quatrième  armée allemande aux ordres du DUC DE WURTEMBERG envahit le Luxembourg.

La cinquième, celle du KRONPRINZ, attaque la Lorraine belge.

Les Français et les Anglais, grâce à la longue résistance de l’armée belge devant la marée prussienne, ont pu concentrer leurs troupes et s’apprêter à porter secours aux Belges.

Un seul corps français, allongé sur la rive gauche de la Meuse et formant la liaison entre Namur et la cinquième armée française, située sur la rive droite du fleuve, est parvenu, au prix d’une contre-attaque victorieuse, à refouler de Dinant les Allemands qui s’étaient emparés de la citadelle, le 15 août. L’état-major français a vu, dans cette petite victoire, l’échec du plan d’encerclement prévu par l’ennemi.

bataille de Tarciennes: Général LanrezacAussi donne-t-il l’ordre à toute la cinquième armée, commandée par le général LANREZAC, de monter sur la Sambre et la Meuse,  avec  mission de défendre l’Entre-Sambre-et-Meuse. Tâche ardue pour cette armée qui, depuis la zone de Mouzon-Mézières, doit faire un détour de 120 kilomètres par Rocroy et Mariembourg pour tenter d’arriver à la Sambre. Le 17 août, elle entre en Belgique ; le 20, elle atteint l’objectif visé.

Le même jour, les généraux allemands reçoivent des ordres précis : Von Klück doit se rabattre sur les Anglais, dont il soupçonne la présence entre Maubeuge et Valenciennes, Von Bûlow doit marcher en direction de la Sambre entre Namur et Maubeuge, Von Hausen doit attaquer la Meuse entre Namur et Dinant. (La position de Namur, à ce moment délaissée, tombera le 25 août).

En face des deuxième et troisième armées allemandes se trouve la cinquième armée française du général Lanrezac.

Telles sont les armées qui vont s’affronter dans la bataille de Charleroi.

L’armée allemande comprend :

  1. la garde (l’élite des troupes), formée
    • de 2 divisions d’infanterie,
    • d’un bataillon de 4 batteries d’artillerie de campagne,
    • d’une escadrille de 6 avions.
    • les VIIe, IXe et Xe corps d’active
    • les VIIe et Xe corps de réserve.

Le Xe corps d’active qui combattra à Tarcienne est composé de :

  1. la 19e division d’active (37e et 38e brigades)
  2. d’une partie de la 19e division de réserve : la 39e brigade, aux ordres du Prince Friedrich von Sachsen-Meiningen.

L’armée française comprend :

  1. le 1er corps d’armée, placé sur la Meuse entre Namur et Mézières,
  2. le 10e corps d’armée formé
    • des 19e et 20e divisions d’infanterie,
    • de la 37e division d’Afrique, qui est sur la Sambre de Namur à Châtelet,
  3. le 3e corps d’armée, qui se distinguera à Tarcienne, se compose :
    • de la 5e division d’infanterie (Châtelet-Bouffioulx-Loverval),
    • de la 6e division d’infanterie (Montigny-sur-Sambre-Marchienne-au-Pont),
    • de la 38e division d’Afrique, en arrière à Walcourt,
  4. le 18e corps, formé de 2 divisions, occupe la région située entre Marchienne-au-Pont et Merbes-le-Château.

Les combats vont se suivre rapidement et se clôturer par l’avance inéluctable de l’armée allemande.

 Le 21 août, Auvelais, Tamines, Falisolle, Ham-sur-Sambre, Arsimont, Roselies et Pont-de-Loup sont le théâtre d’une lutte féroce entre les 10e et 3e corps français d’une part et les Xe corps d’active et de réserve allemands. Le 22, tous les villages en bordure de la Sambre tombent ; Châtelet et Bouffioulx deviennent le champ de bataille : victoire allemande, contre-attaque française, victoire définitive du Xe corps d’active allemand.

Le même jour, à Charleroi, la lutte fait rage : plusieurs fois les ponts de la Sambre sont repris par les soldats africains qui chargent à la baïonnette, mais l’artillerie allemande a raison des plus téméraires. La journée se termine par le recul général des 10e et 3e corps français.

Le 3e corps reçoit l’ordre de se retrancher sur la position Nalinnes -Tarcienne – Hanzinnelle face au nord-est :

  • la 5e division du général Verrier, tenant la droite du dispositif, est à Hanzinnelle,
  • la 38e division d’Afrique, composée de zouaves, du général Muteau est à Tarcienne,
  • la 6e division du général Block est au sud de Nalinnes, vers La Praile et Lumsonry.

Et tandis que les villages de la Sambre se consument dans les flammes, les unités sérieusement éprouvées profitent de la nuit pour se reconstituer et préparer le lendemain.

bataille de Tarciennes: Cimetière militaire

La bataille de Lumsonry

Dimanche 23 août. A Tarcienne, dernière tentative de résistance française pour arrêter l’avance allemande vers le sud. Le combat, violent de part et d’autre dans la matinée, ralentit dans l’après-midi suite à un fléchissement allemand. Mais, vers 17h., il tourne au profit des ennemis plus nombreux qui enfoncent le rempart français.

La 5e division d’infanterie française avait, pendant la nuit, installé ses hommes dans les tranchées creusées deux jours auparavant à Lumsonry (au nord du bois des Comognes) et à La Praile ; elle avait placé ses services de mitrailleuses en excellente position de tir, leur permettant de contrôler les bois de Louvroy et Robinet ainsi que les chemins et sentiers par où les Prussiens étaient censés arriver ; elle avait, en outre, installé ses batteries d’artillerie de campagne sur la crête de «  Dohet » afin de surveiller la grand-route de Philippeville et le village des Flaches et afin de seconder, à la rigueur, les mitrailleuses tirant sur les bois.

À 9h30, les premiers fantassins allemands du 92e régiment d’infanterie de réserve, tête de la 39e brigade de réserve, commandée par le Prince Friedrich von Sachsen-Meiningen, signalent leur présence par quelques coups de feu. Les Français, répondent immédiatement par un tir nourri en direction du bois de Louvroy où les tirailleurs ennemis se sont infiltrés. A tout moment, les Allemands, essayant de déboucher de ce même bois, se font refouler par les rafales meurtrières du 5e régiment d’infanterie. Réduits à l’impuissance par le feu des soldats français fort bien cachés, les attaquants ennemis sont rapidement aidés par leurs sections de mitrailleuses qui montent en première ligne et soumettent les positions françaises à un tir précis et cruel qui blesse un grand nombre de combattants. Profitant du désarroi causé par leurs coups, les Allemands gagnent les maisons de La Praile et de Lumsonry. Les Français reçoivent heureusement du renfort : en effet, le 239e régiment d’infanterie de ligne vient s’intercaler entre le 5e régiment d’infanterie de ligne et le 119e régiment d’infanterie de ligne.

Deux nouvelles batteries prennent alors pour cibles les maisons de La Praile et de Lumsonry pour en déloger les tirailleurs allemands qui s’y sont cachés.

De son côté, le 32e régiment d’artillerie de campagne, à Dohet, tire sans arrêt sur les taillis du bois de Louvroy, causant de lourdes pertes aux ennemis, et cherche à réduire au silence les batteries allemandes qui se sont dévoilées au sud des Flaches et aux environs de Bertransart. La bataille est intense, mais les Brunswickois ne progressent pas ; bien au contraire, ils faiblissent.

Devant l’impossibilité de déloger les Français de leurs tranchées, des groupes de soldats allemands se retirent dans les bois et refluent vers Le Bultia. Alors, le commandant de la 39e brigade de réserve, bataille de Tarciennes: Le Prince Friedrich Von Sachsen-Meiningenle prince Friedrich von Sachsen-Meiningen,  passe en tête de ses effectifs et entraîne ses hommes au combat ; mais son audace lui coûte la vie : une rafale de mitrailleuse (probablement tirée par le 3e bataillon du 4e zouaves posté à l’entrée du chemin menant au village de Tarcienne et en surplomb par rapport à la sortie des bois de Louvroy et Robinet sur la route Charleroi- Philippeville) l’atteint en pleine poitrine et blesse grièvement  un commandant de régiment et un commandant de bataillon qui avançaient à ses côtés. Les Allemands, devant le nombre impressionnant de morts qui s’amoncellent, sont pris de panique et reculent en débandade. C’est à ce moment que le lieutenant Arthur Kutscher, commandant d’une compagnie du 92e régiment d’infanterie de réserve, caché dans le bois de Louvroy et soutenant la lutte contre les Français du 5e régiment d’infanterie, est averti par un uhlan de la catastrophe qui vient de frapper la 39e brigade de réserve et du recul en désordre qui s’opère. Accourant plein d’énergie auprès des soldats effrayés, il les apostrophe sèchement et, à peu de choses près, leur parle en ces termes : « Soldats, écoutez ! Vous venez de subir un feu meurtrier certes, mais vous ne pouvez pas oublier que vous n’avez ni la permission, ni la possibilité de reculer. Pensez à vos femmes, à vos enfants, à votre Empereur ; pensez à vos camarades tombés à Charleroi. Nous voulons venger nos frères et, – montrant la hauteur de Dohet –, emporter cette position-là. Personne ne peut rester en arrière, qui est un soldat allemand ».

Un artilleur crie alors : « Le Xe corps actif va s’élancer là ». « Hourra ! Bravo ! En avant ! Vive le lieutenant !» crient les soldats.

Ainsi donc, c’est à cet officier subalterne que le Xe corps d’armée allemand doit sa victoire à Tarcienne-Lumsonry. En effet, les Prussiens, galvanisés par la vaillance et la harangue du lieutenant, s’élancent à l’attaque. Qu’importent les pertes ! Il faut vaincre ! Et, déchaînés, ils redoublent d’ardeur. Leur assaut est tel que les Français doivent se terrer. Par des feux de flanc à une pointe du 5e régiment d’infanterie, ils obligent ce dernier à reculer en vitesse, laissant derrière lui  pas mal de morts.

Devant le nombre, les Français doivent céder. Ordre leur est donné, à 16h30, de se replier en échelons sur Gourdinne. Ils rompent le combat aussitôt et se replient calmement mais rapidement, couverts par le 3e, puis le 2e bataillon du 5e régiment d’infanterie. Ils parviennent à emporter tous leurs blessés qui sont encore dans leurs lignes et à sauver tout leur matériel. Leurs pertes sont évaluées à environ  cent hommes tués, parmi lesquels quatre officiers, dans le 5e régiment d’infanterie ainsi qu’un capitaine et une cinquantaine de soldats dans les 119e et 239e régiments de ligne. Du côté allemand, on ignore le nombre exacts de tués ; il en sera question dans la cinquième partie.

Le premier épisode de la bataille de Tarcienne s’est déroulé à l’Ouest de la grand-route Charleroi-Philippeville. Le second, qui  a eu lieu en même temps, s’est passé à l’Est de cette route, dans le village et au Nord-Est de celui-ci.

La bataille du village

Pendant qu’à Lumsonry, les 5e et 239e régiments d’infanterie, aidés par le 32e régiment d’artillerie de campagne situé à Dohet, empêchaient  les  Allemands  d’ avancer,  le   4e     zouaves,  entièrement formé de soldats africains, fort habiles dans les combats à l’arme blanche, attendait de pied ferme, dans le village et aux alentours (voir carte), les fantassins allemands.

Le village et ses hameaux de l’Est étaient déserts. En effet, les habitants, affolés, le 22 août au matin, par les récits des gens de Chârelet, de Tamines et du pays de Charleroi, avaient fui l’après-midi de ce même jour, dans la crainte d’être victimes des atrocités allemandes. Monsieur le Curé Honnay et quelques rares personnes plus hardies sont encore là le soir quand les soldats reviennent du combat Châtelet-Bouffioulx. Pressés par un capitaine français de s’en aller parce qu’on se battra le lendemain, tous partent. Seuls restent, au « Pavé » Félicien Franquet et son épouse Joséphine Bolle.

Les soldats, harassés par les combats de la journée, se retirent en seconde ligne pour se reconstituer.

Le général Muteau, commandant de la 38e division d’Afrique, qui dispose encore d’une brigade intacte, poste ses troupes comme suit : le 4e tirailleurs, au Sud d’Hanzinne,  le 8e tirailleurs à Somzée et le 4e zouaves à Tarcienne.

Ce dernier corps, aux ordres du colonel Pichon , fort de 4 bataillons de 4 compagnies chacun, passe la nuit dans les tranchées creusées le 21 :

  • le 3e bataillon occupe le Nord-Ouest entre la localité et la   route de Charleroi-Philippeville ; il a pour mission de  tenir à     l’œil la sortie des bois de Louvroy et Robinet,
  • le 4e bataillon défend, au nord-est, le bois des Quatre-Frères tandis  qu’une de ses compagnies, la 14e,  a  pour  mission de défendre la lisière du bois Monseu,
  • le 11e bataillon est dans le village même, sauf une de ses compagnies, la 43e,  en avant de la localité, chargée de s’opposer à l’ennemi qui viendrait des Flaches, de Bertransart ou du Grand Hubert,
  • le 5e bataillon, qui restera toujours en réserve jusqu’à l’heure du repli, est aux environs du cimetière communal.
  •  Enfin, une section de mitrailleuses, établie au nord du village,   entre le 3e et le 4e bataillon, est destinée à appuyer la 43e compagnie du 11e bataillon.

Telle est la position des Français quand, au matin du 23 août, deux heures avant la bataille de Lumsonry, quelques cavaliers allemands de l’avant-garde de la  38e brigade d’active  apparaissent au nord du village. Une fusillade nourrie de la 43e compagnie du 11e bataillon du 4e zouaves les fait s’éclipser, y laissant des leurs.

Mais les canons allemands, postés à Bertransart, aux Flaches et à Joncret, ripostent aussitôt en faisant pleuvoir, sur le village désert, une pluie d’obus  qui causent quand même pas mal  de dégâts matériels surtout au hameau d’Ahérée et autour de l’église dont la plupart des vitres sont brisées. Ce tir suivi, pendant plusieurs heures, tue beaucoup de bêtes à cornes dans les campagnes.

Toute la matinée, les zouaves attendent une bataille qui semble ne pas vouloir venir. Leur impatience est d’autant  plus grande qu’ils ont faim et que des traîtres ou des espions, passant avec du pain, ne veulent pas leur en vendre. Voici, à ce propos, ce qu’en dit le sous-lieutenant Palats du 4e bataillon du 4e zouaves : « Aujourd’hui, aucune distribution n’a pu être faite. Vers 10 heures, des paysans passent portant des pains et la direction qu’ils suivent nous paraît singulière car ils vont vers le bois Monseu. Ces pains, nos hommes veulent les leur acheter ». « Dans un instant, répondent-ils, vous en aurez plus que vous ne voudrez.» « Réponse énigmatique qui paraît, à bon droit, suspecte à quelques-uns d’entre nous : ne s’agit-il pas d’un jeu de mots dont l’ironie est tout au moins étrangement déplacée ? Les pains sont ceux que nous réserve l’artillerie allemande. Le capitaine Girod veut faire arrêter ces individus. On l’en dissuade … Et pourtant …. !  Ils s’engagent dans le bois … »

Tandis que les zouaves attendent, le 32e régiment d’artillerie de campagne, posté à Dohet, riposte vigoureusement à l’artillerie allemande cachée au Sud des Flaches.

L’infanterie ennemie attend, sans doute, pour se manifester, la coopération de l’aile gauche de la 39e brigade de réserve. (elle ignore que celle-ci vient de perdre son chef, le prince Friedrich von Sachsen-Meiningen).

Dans l’après-midi, une batterie allemande se risque sur la crête Nord du village, à l’Ouest du Grand Hubert, mais un coup bien ajusté du 32e régiment d’artillerie de campagne en démolit les pièces et disperse les hommes.

Vers 15 heures, la bataille gagne en intensité : les balles commencent à siffler et les fantassins allemands osent se montrer. Les zouaves, eux, se placent en tirailleurs . A un moment donné, les avant-gardes ennemies, sortant du bois Robinet en direction du Grand Hubert, sont fauchées. Les zouaves poursuivent leur action en dirigeant un feu violent sur l’orée de ce  bois.

Mais, tout à coup, les soldats du 3e bataillon et ceux de  la 43e compagnie du 11e bataillon, en se retournant, sont les témoins d’un singulier spectacle : les bottes de paille remuent, avancent à leur gauche, dissimulant des tirailleurs allemands.

Pris, en quelque sorte, à revers par les ennemis sortis du bois de Louvroy, ils tirent à qui mieux mieux sur cette moisson mouvante. Mais, attaqués à l’ouest et au sud-ouest par les susdits tirailleurs, au nord-ouest par les soldats sortant du bois Robinet sur la grand-route Charleroi-Philippeville et, au nord-est, par les hommes de la 38e brigade d’active venue des Flaches, ils sont, pour ainsi dire encerclés. Ils ne parviennent à se dégager qu’au prix d’une charge à la baïonnette. Ils se regroupent au Sud de leurs positions initiales.

Jusque vers 17 heures, le combat reste indécis. Mais, comme, à ce moment, le 5e régiment d’infanterie à Lumsonry fléchit, il laisse la route Charleroi- Philippeville et tout l’ouest du village sans défensive : les Allemands tentent d’encercler les zouaves.

Au nord-est du village aussi, la bataille fait rage : le 4e bataillon de zouaves doit reculer devant des troupes beaucoup plus nombreuses arrivant de Gerpinnes sur le bois des Quatre-Frères. En plus, il se trouve en face de Prussiens venant des Flaches ou par l’ancien chemin de Tarcienne à Gerpinnes, au nord du bois Monseu.

Au sud de ce même bois et en avant du bois des Quatre-Frères, les soldats français dégainent et livrent une sanglante bataille à l’arme blanche : 80 d’entre eux sont parmi les morts ; on ignore le nombre de tués allemands.

Le 11e bataillon de zouaves, appuyé par une section de mitrailleuses, lutte courageusement, dans le chemin creux au Sud du village, pour couvrir les effectifs très éprouvés des 3e et 4e bataillons et de sa 4e compagnie qui se retirent à Somzée.

A 19 heures, Tarcienne est aux mains des Allemands. Les zouaves ont chèrement vendu leur vie. Les ennemis ne diront jamais combien il leur a fallu d’hommes pour avoir  raison de ces Africains venus de si loin défendre leur mère patrie. S’ils avaient été moins orgueilleux, on l’aurait su. En fait, ils ont voulu faire disparaître les traces, les preuves irréfutables de leur échec , car c’en fut un. Ils ont vaincu parce qu’ils avaient avec eux la force et la bravoure  collectives, mais non par la valeur de chacun des leurs.

Ainsi donc, le 23 août au soir, Tarcienne est un vaste champ de bataille où les vainqueurs chantent victoire, où les blessés agonisent et où les morts restent sans sépulture.

Le dernier bastion sur la route du Sud est tombé.

Le prince Friedrich von Sachsen-Meiningen

Sur un point de la bataille de Tarcienne, on n’était, jusqu’en 1954, jamais tombé d’accord, à savoir : comment et par qui avait été tué le Prince Friedrich. Bien sûr, il avait été tué à Tarcienne le 23 août dans l’après-midi. Mais, pour le reste, tout n’était que suppositions, car les avis divergents ne manquaient pas.

Comme il a été écrit plus haut, le 23 août dans l’après-midi, le prince, voyant ses troupes hésiter, tente un grand coup : derrière les uhlans faisant fonction d’avant-garde, il s’avance à découvert sur la grand-route Charleroi-Philippeville, à la tête de son armée. Soudain, une fusillade éclate : il tombe de son cheval raide mort, tandis que deux de ses subordonnés, un commandant de régiment  et un commandant de bataillon, qui avançaient à ses côtés, sont sérieusement blessés. Les Allemands laissent nombre des leurs sur le carreau et sont sur le point de fuir quand le lieutenant Kutscher les relance en avant.

Toute la soirée et la nuit, la dépouille mortelle du prince reste à Tarcienne. Voici ce qu’écrira plus tard le lieutenant qui a forcé les troupes à repartir, : « Le Prince est couché sur un lit de camp : une petite bougie allumée est placée à sa tête, deux soldats à ses pieds montent la garde. » Le lendemain matin, il est emmené sur une voiture automobile au Collège des jésuites de Charleroi.

Voici le récit de l’autopsie du Prince tel que le présente A. LEMAIRE dans son livre L’invasion allemande au pays de Charleroi, Bruxelles, 1929, pp. 72 à 75.

« Vers 10 heures du matin (le 24 août), un brouhaha se produisit sur le boulevard Audent, en face du collège du Sacré-Cœur : une foule nombreuse, agitée, mais silencieuse stationnait devant quelques automobiles.

« De la première, on vit descendre des officiers qui furent accueillis à la porte d’entrée par un médecin-major. La seconde automobile fut à l’instant encadrée  de quatre soldats qui montèrent la garde en attendant la fin de l’entretien.

« Sur ce dernier véhicule devait être étendu le cadavre d’une personne de marque, car les sentinelles, profondément pénétrées de l’importance de leur mission, tenaient les curieux à distance respectueuse : il s’agissait, en effet, de rien moins que la dépouille mortelle du Prince Frédéric de Saxe-Meiningen.

 « Le corps était couché sur une civière qui reposait sur la partie supérieure de l’automobile : une couverture jaune imperméable cachait le Prince défunt aux regards indiscrets.

 « L’entretien des officiers se prolongeait. A la fin, on vit leur groupe se disloquer et l’on ouvrit toute grande la porte d’entrée pour livrer passage à la voiture funèbre : les restes du Prince devaient provisoirement être conservés  au collège des jésuites.

 « On descendit, avec les précautions et le respect que comportaient les circonstances, le cadavre, de l’automobile et on le transporta dans un local spécialement aménagé pour la photographie radiographique et qui était, en d’autres temps, la classe de physique des élèves.

 « Une personnalité si haute ne pouvait évidemment pas être enterrée comme un simple officier .La famille réclamerait les restes mortels du Prince, et le seul moyen de les faire parvenir en Allemagne en bon état était l’embaumement.

« Il fut donc décidé que le Prince de Saxe-Meiningen serait embaumé. L’opération devait avoir lieu l’après-midi. Dans l’intervalle, on se procura les instruments et les désinfectants.

 « Vers 2 heures de l’après-midi, le docteur Gross, médecin-major du 73e régiment d’infanterie de réserve, 2e bataillon, un homme affable s’il en fut, prit en main la direction de l’embaumement. Il fut assisté par les docteurs De Ponthière et Lemaître.

« L’on fit disparaître du corps les éléments les plus sujets à la décomposition et l’on injecta dans les veines du formol en quantité.

« Le Prince avait reçu trois blessures : une en plein cœur qui avait causé la mort instantanée et deux autres A LA HAUTEUR DE LA PREMIERE aux deux extrémités de la poitrine. Ces deux dernières n’étaient pas mortelles.

« L’on détacha le cœur, au travers duquel on pouvait voir la perforation de la balle, et on le déposa dans un bocal spécial. Puis on referma le corps et on le remit, dans la mesure du possible, dans son état primitif.

« L’opération terminée, un photographe amateur, le Père E. Brisbois, fixa une dernière fois les traits du défunt et la dépouille fut déposée dans un double cercueil : un premier cercueil en zinc qui fut hermétiquement soudé, et un cercueil en chêne sur les quatre coins duquel, en guise de sceau, on apposa le cachet du collège ; un grand crucifix dominait le couvercle.

« L’épée, le casque et le cœur du Prince furent placés dans  une caisse spéciale.

« Le Prince pouvait avoir  55 à 60 ans : c’était un grand bel homme, à la figure martiale et sympathique. Il portait une moustache épaisse grisonnante et une courte barbiche ; le nez était aquilin et la tête chauve ; la taille mesurait de 1,75 m. à 1,80 m. Sa fille était fiancée au troisième fils de l’Empereur.

 « Le docteur Gross racontait qu’il était général de brigade, mais qu’avant d’être versé dans la réserve, il avait eu une division sous ses ordres, et qu’il avait la réputation d’être un brillant officier. A la déclaration de guerre, il avait redemandé du service actif et n’avait obtenu que le commandement d’une brigade : soit désespoir, soit bravoure confinant à la témérité, il se serait trop exposé et aurait ainsi trouvé une mort prématurée.

 « Après l’embaumement, le corps fut transporté au grand parloir du collège, transformé pour la circonstance en chambre mortuaire et il y resta jusqu’au lendemain vers 11 heures.

« Dans la matinée (du 25 août) , quelques officiers supérieurs vinrent rendre visite à la dépouille du Prince et payer à sa mémoire un dernier tribut de regret et de prière. Vers 11 heures, un corbillard se présenta à la rue de Montignies pour prendre le corps et le conduire à un caveau provisoire de la ville, en attendant le transport en Allemagne. Environ trois semaines après, le transfert fut possible et le Prince  de Saxe-Meiningen repose maintenant à l’ombre de son antique domaine, à côté des restes de ses ancêtres. »

Sur la mort du Prince, il y avait à Tarcienne, notamment, et dans les villages environnants, jusqu’en 1954, deux opinions divergentes toutes deux invraisemblables. Pour certains, le Prince s’avançant à la tête de ses troupes aurait été abattu par un turco armé d’un révolver ou d’un fusil, caché dans un tombereau chargé de paille ; pour d’autres, il aurait été tué, non pas lorsqu’il s’avançait à la tête de ses troupes, mais lorsqu’il observait avec son état-major les positions françaises.

En fait, d’après le récit de l’autopsie, il est clair que le Prince a été tué par une rafale de mitrailleuse du 3e bataillon du 4e zouaves et pas du tout par une salve de ce même 3e bataillon qui n’aurait pu le toucher à trois places à la même hauteur dans la poitrine.

Un seul auteur affirme même que le fils du Prince, lieutenant dans le régiment de son père, a été tué lui aussi, non loin de l’endroit où tomba celui-ci. C’est possible, mais rien ne confirme le fait.

Assez près, semble-t-il, de l’endroit où le Prince a trouvé la mort, il a été apposé sur le mur de la bataille de Tarciennes: Plaque commémorative Prince Von Sachsen-Meiningenmaison portant aujourd’hui (20 septembre 2013) le numéro 34, sur la droite de la route de Philippeville, une plaque commémorative (quasiment illisible en photo) portant une inscription identique à celle figurant sur la stèle élevée au cimetière militaire en face des premières tombes  des soldats allemands.

« Zum Gedächtnis an seine Hoheit Prins Friederich von Sachsen-Meiningen Generalleutenant gefallen für sein Vaterland bei Tarcienne am 23 August 1914. »  ( A la mémoire de son Altesse le Prince Friederich von Sachsen-Meiningen, lieutenant-général, tombé pour son Pays, à Tarcienne, le 23 août 1914 ).

Personne ne connaîtra jamais les détails de la mort du Prince. N’empêche qu’il n’en a pas moins été tué à Tarcienne.

Les morts, les « saloirs », le cimetière

bataille de Tarciennes: Stèle commémorative Prince Von Sachsen-MeiningenQuand on lit tous les récits relatifs à la bataille de Tarcienne, une chose frappe : le nombre impressionnant de soldats allemands morts au cours de cette bataille. Mais entrez dans le cimetière militaire et vous serez étonné. En effet, en 1954, il y avait 77 tombes de soldats allemands  + une stèle du Prince Friedrich (une tombe qu’il n’a jamais connue) pour 271 de soldats français.

Où sont donc passés les cadavres des soldats allemands puisqu’il y eut tant de tués ?

A la suite d’enquêtes menées auprès des témoins oculaires, notamment Félicien Franquet et son épouse Joséphine Bolle, habitant au « Pavé », il ressort que plusieurs charretées de cadavres de soldats allemands sont passées sur la route de Philippeville en direction de Somzée dès le 23 août au soir ; là, ils ont été brûlés dans la grange de la ferme Haulers en si grand nombre que, lors du déblaiement,  un tombereau fut chargé uniquement de fers de talons de bottes prussiennes. D’autre part, les cadavres ennemis jonchant les prairies à l’Est du village furent conduits de la même façon à Gerpinnes et brûlés dans le four Evrard ; on en ignore le nombre, mais on peut s’en faire une idée quand on sait que les turcos du 4e bataillon du 4e zouaves ont perdu là, dans un féroce corps à corps, entre 80 et 100 hommes. D’autres cadavres allemands trouvés sur les à-côtés de la grand-route Charleroi-Philippeville ou à la sortie des bois furent évacués et brûlés à Charleroi.

A partir du 25 août, sur ordre de l’ennemi, quelques villageois revenus chez eux furent chargés de mettre en terre les victimes des combats. C’est ainsi que les soldats tombés dans les bois, dans les campagnes ou même dans les villages voisins furent provisoirement inhumés dans des fosses communes vulgairement appelées « saloirs ».

On connaît l’emplacement de plusieurs fosses communes françaises, dont trois au Nord et à l’Est d’Ahérée.

Une fosse commune allemande contenant les cadavres des soldats rassemblés depuis le 24 août avait été creusée dans la prairie située juste en face de la route menant au bois de Louvroy, aujourd’hui appelée « rue du bois ».

Les soldats français, sans sépulture jusqu’au 27/28 août, furent enterrés par les habitants. Deux fosses communes, au Sud du bois Monseu comptaient à elles deux environ 50 cadavres ; une autre plus grande, à l’Est d’Ahérée, sur la droite de la route de Gerpinnes, en contenaient 30 à 40.

Le cimetière militaire fut érigé au « Pavé », par les Allemands, en 1917,  à l’entrée du bois de Louvroy à 300 mètres à droite de la N5 Charleroi-Philippeville, non loin de l’endroit où le Prince trouva la mort.

bataille de Tarciennes: Cimetière militaire

Exhumées des « saloirs », les dépouilles mortelles des combattants, auxquelles vinrent s’ajouter celles de quelques rares soldats isolés éparpillés sur le territoire de la commune et enterrés là où ils avaient été tués, y furent placées, les allemandes à  droite et les françaises à gauche.

bataille de Tarciennes: Cimetière militaireVoici comment, en 1954, étaient répartis les 77 soldats allemands et les 287 français inhumés au cimetière militaire. Originairement, il y avait 79 Allemands et 321 Français, mais 2 Allemands et 34 Français avaient été rapatriés après la guerre. A noter que l’on comptait 271 croix françaises pour 287 soldats, (dont deux Russes), car une croix portait « 16 inconnus ».

Un soldat français reposait sous une croix allemande. S’agissait-il d’un Alsacien combattant dans les rangs allemands ?  A moins qu’il soit question de Charles, Henri, Joseph Duhamel, un Français expatrié à Mannheim (Ex Prusse) et incorporé de force dans l’armée allemande ?

bataille de Tarciennes: Cimetière militairebataille de Tarciennes: Cimetière militaireDans le courant des années soixante, le cimetière militaire de Tarcienne accueille 194 dépouilles mortelles de  soldats allemands et français exhumés du cimetière communal de Châtelet. Tous, ils sont réinhumés dans deux ossuaires : à gauche, l’ossuaire français qui, sur une plaque à l’avant, porte  les noms de 56 soldats connus et mentionne 67 inconnus ; à droite,  l‘ossuaire allemand porte sur une plaque similaire, à l’avant aussi,  23 noms de soldats connus et signale que 48 soldats sont inconnus.

Au cours des années suivantes et surtout en vue du 100e anniversaire de la guerre 1914-1918, le cimetière militaire, dans lequel reposent des anciens ennemis, fut complètement redessiné ;  il est remarquablement entretenu. Voici comment il apparaît à tous les  visiteurs : outre la chapelle de l’entrée qui a été complètement remise à neuf, le nombre de tombes a été sensiblement réduit du côté allemand , mais beaucoup moins du côté français.

Les  77 tombes allemandes de 1954 ne sont plus que 37 , sous les croix desquelles reposent généralement deux et même quatre fois trois soldats ; sur l’ensemble, 4 sont inconnus.

Si l’on ajoute à ces 78 soldats, les 71 de l’ossuaire, on arrive à un total de 149.

bataille de Tarciennes: Cimetière militaireLes 287 tombes françaises de 1954 sont aujourd’hui au nombre de 272. Mais, Il faut y ajouter une croix portant le nom d’un Russe inconnu et une croix presque identique aux croix allemandes ; soit, au total, 274 tombes. Si on se souvient qu’une croix couvre 16 soldats français inconnus, on arrive à 289 combattants inhumés dans la partie française du cimetière.

Enfin, il ne faut pas oublier un monument funéraire français portant l’inscription suivante :bataille de Tarciennes: Cimetière militaire

Cette tombe, non comprise parmi les croix, porte donc le nombre de soldats inhumés à 290, dont 116 sont restés inconnus. Si l’on ajoute à ces 290 combattants les 123 de l’ossuaire, on arrive à un total de 413, soit largement plus du double du nombre de soldats allemands.

bataille de Tarciennes: Cimetière militaire

Il faut aussi savoir que, parmi les croix françaises, on en trouve 19  qui sont des stèles lancéolées sous lesquelles reposent des soldats de religion  musulmane.


Bien que ces chiffres soient un peu rébarbatifs, ils sont l’exact reflet de la vérité, car vérifiés par une observation minutieuse et un comptage rigoureux. Ils contredisent souvent ceux qui ont été avancés, sur Internet surtout, par nombre d’écrivains qui sont d’ailleurs rarement d’accord entre eux… Vérité, où es-tu ?


Aujourd’hui, le cimetière militaire de Tarcienne est géré et entretenu par le Consulat général de France à Bruxelles.


Conclusion

Malgré les pertes nombreuses que les Allemands ont subies sur le territoire de la commune de Tarcienne, aucun incendie, aucun meurtre n’est à porter à leur actif. Il y eut bien quelques maisons abîmées, ainsi que l’église, dont beaucoup de vitres avaient volé en éclats et dont la toiture avait  pas mal souffert, mais ces dégâts sont à attribuer à la bataille elle-même.

Pourquoi n’ont-ils tué personne ? Parce que, tout le village ayant fui, ils n’ont trouvé aucun « franc-tireur ». Seuls étaient restés, mais sans doute remarquablement cachés, Félicien Franquet et son épouse Joséphine Bolle, cités dans le texte. Pourquoi n’ont-ils rien brûlé ?  Mystère !

Tarcienne et Gourdinne sont les seuls villages du canton de Walcourt à n’avoir pas eu à souffrir de la barbarie allemande.

Voici d’ailleurs, selon le chanoine Jean Schmitz et Don Norbert Nieuwland, le tableau des meurtres et incendies commis dans les environs.

Victimes Maisons incendiées
Hanzinne 1 50
Hanzinelle 0 83
Thy-le-Baud’huin 2 0
Morialmé 0 6
Somzée 5 32
Laneffe 0 20
Chastrès 2 0
Fraire 2 2

Quoi qu’il en soit, le village de Tarcienne a joué un rôle  important dans la bataille de Charleroi, car il a retardé de deux jours l’avance allemande vers le sud. Il a échappé de justesse aux sévices des hordes de Von Bülow. Et pourtant ces dernières n’auraient-elles pas eu à justifier leurs actes, suite à la mort du Prince Friedrich von Sachsen-Meiningen ?

Peut-être les Prussiens, accrochés par la résistance héroïque des Français, n’en ont-ils pas eu le temps. C’est possible. Ils ne se reposèrent vraiment qu’après avoir emporté la position de Tarcienne. A ce moment, leur instinct destructeur et meurtrier se réveilla et se déchaîna, mais ils étaient à Somzée.

Les sources

 BALERIAUX, André, Août 1914, de Sarajevo à Charleroi, éd. Quorum, Ottignies LLN, 1994.

BEUMELBURG, Werner, La guerre mondiale racontée par un Allemand, 1914-1918. Payot, Paris, 1933.

GAY, Georges,  La bataille de Charleroi, août 1914. Payot, Paris, 1937.

LA BUISSIERE, Alex, Relevé du cimetière militaire de Tarcienne (Dans GOOGLE – INTERNET)

LANREZAC, Charles, général, Le plan de campagne français et le premier mois de la guerre. Payot, Paris, 1929.

LEMAIRE, A, L’invasion allemande au pays de Charleroi, 4e éd., Sobeli, Bruxelles, 1930.

LIEVENS, P, Découvrir Walcourt, le village de Tarcienne, in Le point-virgule, Centre culturel de Walcourt. 8 août 2012 (Dans GOOGLE – INTERNET)

LIEVENS, P, Si Tarcienne m’était conté… in Le point-virgule, Centre culturel de Walcourt, 1er avril 2003 (Dans GOOGLE – INTERNET)

POTTIEZ, Luc, La nécropole militaire franco-russo (sic)-allemande de Tarcienne, 1er mai 2012. (Dans GOOGLE – INTERNET)

SCHMITZ, Jean, et NIEUWLAND Norbert, Documents pour servir à l’histoire de l’invasion allemande dans les  provinces de Namur et de Luxembourg, 5e partie, t.VI,  Bruxelles et Paris,  G. van Oest et Cie, 1923.

VAN YCK, TarcienneS (sic)1914-1918, dans Le Musée virtuel, 01/03/2010 (dans GOOGLE – INTERNET)

 Les personnages et la reproduction de la chapelle  sont tous repris de Google–Internet.

Jean Bayet

Jean Bayet est né à Laneffe, le 17 février 1933, mais a passé toute ma jeunesse à Tarcienne, où son père était secrétaire communal. En 1957, il s’est installé à Dinant où il a enseigné l’histoire, la géographie et le français au collège Notre-Dame de Bellevue pendant 40 ans.

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