La maison du temple de Bertransart

Avant l’installation des templiers, les terrains appartiennent à la famille de Florennes, ensuite à celle de Morialmé-Loverval. Comment cette seigneurie est-elle passée des Morialmé-Loverval aux templiers ? L’un des descendants d’Arnoul Ier de Florennes, Arnoul III, eut un fils appelé Godefroid III de Morialmé. Gislebert de Mons dans ses chroniques, raconte qu’en 1189, Godefroid III partit rejoindre l’empereur Frédéric Barberousse et les croisés où il devint chevalier de Jérusalem. Il est fort possible que la seigneurie de Bertransart lui fut cédée par héritage et qu’il en fit don à ses confrères chevaliers du temple.

La première charte où apparaît l’installation d’une commanderie date de 1196. Elle nous informe que le comte de Namur, Philippe le Noble, accorde aux habitants de Gerpinnes les mêmes droits qu’aux bourgeois de Namur à partir de 1206. La publication de ces documents fut connue en 1901.
Un autre document daté du 24 juin 1240, nous informe d’un arrangement entre les templiers et Marguerite, abbesse de Moustier sur Sambre, au sujet de quelques alleux situés à Gerpinnes, transaction scellée par frère Renaud de la commanderie templière .
Nous possédons aussi un texte de 1243, jugement de Jean Colon, bailli de Namur, clôturant le différend entre les templiers et Otton de Morialmé, seigneur de Loverval, au sujet d’une forêt dite de « Ruzomont ». L’acte stipule que les templiers doivent céder à Otton douze bonniers en échange du bois de Sechombur attenant à la commanderie.
Une autre charte datée du 5 mai 1267 et signée à Bitronsart, montre un sire dit Henripot, nommé Jean, donnant à Notre Dame du temple de Bitronsart, son serf, Colart Bornart de Bouffioulx , corps et biens, moyennant une capitation annuelle de 12 deniers blancs et le « meilleur catel » exigible à sa mort. Parmi les témoins figurent Frère Adam, commandeur du temple, Frère Jean Briges et Frère Guillaume Chamas.

Nous connaissons les noms de 5 commandeurs de la maison du Temple : Eustache (1210-1218), Baudouin (1225), Jacques (1230-1237), Adam (1267) et Georges (1275-1280). Suite à ces documents on peut affirmer qu’il existait bien une commanderie de templiers à Bitronsart (Bertransart). Un texte de 1313 signale que la commanderie possède des terres à Florennes, à Samart et à Philippeville. La cure de l’église de Samart était en charge de la commanderie. Les commanderies étaient dirigées par des précepteurs ou des commandeurs. Chose rare pour un lieu templier, un pèlerinage y avait lieu, celui de sainte Rolende, à qui la chapelle était dédiée, alors que toutes les maisons du Temple étaient dédiées à Notre-Dame.

Bertransart n’a jamais été une maison fortifiée, mais bien une grande ferme entourée d’immenses territoires fonciers. Il faut savoir que les serfs devenaient des hommes libres dès qu’ils entraient au service de l’Ordre. Tous, cultivaient ces territoires pour l’Ordre. Des documents comptables nous apprennent que de nombreuses récoltes d’épeautre et d’avoine complétaient les produits de l’horticulture, de l’élevage , des ressources d’un vivier, d’un verger ainsi que de l’exploitation du bois. Des dessins nous montrent les bâtiments du temple entourant une grande cour carrée, gardée par quelques tours de défenses. L’une était carrée et l’autre ronde et formaient les angles d’une spacieuse grange. Écuries, étables, bergeries et brasserie complétaient le bâtiment. La chapelle dédiée à Sainte Rolende se trouvait entre le logis des moines et les étables. Les templiers cohabitaient avec les sergents d’armes, les chapelains, les frères oblats, mais aussi les familles des fermiers qui eux ne prononçaient pas de vœux et travaillaient aux cultures du domaine.

La commanderie de Bertransart n’était pas installée au hasard. Implantée à Gerpinnes, c’est parce que le village est un nœud de communication important. Dès le XIIIème siècle, c’est le centre d’un fructueux trafic de grains avec les foires et les marchés de l’Entre-Sambre et Meuse. La priorité économique explique pourquoi le rôle d’une commanderie est d’être tournée vers la culture et l’élevage. Les forteresses se trouvant uniquement sur les routes de pèlerinages et surtout celles allant vers la terre sainte.

Les autres commanderies, comme celle de Bertransart, étaient d’immenses domaines fonciers qui rapportaient beaucoup d’argent envoyé à Paris et qui servait à financer les combats et la vie des moines soldats en Orient et accessoirement les royautés européennes.

Quand en 1307, l’Ordre fut interdit par le roi de France Philippe le Bel et dissous par le pape Clément V, les Hospitaliers et les Chevaliers de saint-Jean de Jérusalem héritèrent de l’ex‑commanderie de Bertransart. Les frères de Gerpinnes ne furent pas condamnés à condition d’intégrer l’ordre des chevaliers de Saint Jean. Un compte rendu de la visite en 1315 de frère Le Rai commandeur de France de l’ordre de Saint Jean constate que la commanderie a été pillée. En 1364, Bertransart passe sous la dépendance du grand prieuré de France. En 1503, les biens passent sous la houlette du prieuré de Villers-le-Temple. Par la suite, les bâtiments sont détruits, les matériaux récupérés et la ferme de Bertransart prend la place de la maison du Temple.

Les accusations multiples, dont celle de libertinage, donnèrent naissance à quelques légendes.
En voici une :
Pour ceux qui s’égarent dans « L’bos delle Priesse » (bois du prieur) pas bien loin des grands lacs de Marcinelle, vous trouverez des ruines couvrant un espace d’environ 150 m sur 75 m. Ce site est dit des « Templiers ». Étant gamin, nous allions monter notre tente sur ce site, je vous laisse imaginer le reste. Camper sur un site templier ! A cet emplacement vous vous trouvez à la limite des communes de Loverval et de Marcinelle. Les habitants du voisinage et tous les gamins qui vont y jouer donnent à ces ruines le nom de monastère, de couvent ou de château des templiers. C’est cette dernière dénomination que nous préférions. Les vieux de la région disent d’ailleurs toujours qu’ils vont « aux templis ».
La légende dit aussi que les templiers du « bois delle Priesse » s’étaient spécialisés dans le rapt des jolies femmes. N’avaient-ils déjà pas, la réputation d’ivrognes et de débauchés ? En France on dit encore « boire comme un Templier ». En vieil allemand, le mot « Tempelhaus » se dit d’une maison louche, mal famée. Toujours est-il que la nuit, ces renégats s’élançaient dans la campagne environnante, au sein des forêts les plus sombres et ramenaient, sur leurs coursiers, des créatures du sexe faible. Au cours d’une de leur expédition, ils kidnappent une princesse et l’emmènent de force au monastère. Ce fut leur ultime forfait ! Le père de la dame convoque ses chevaliers et court venger son honneur…, et son enfant. La petite troupe s’approche des remparts, les escalade, égorge les sentinelles et massacre les coupables. Le fortin templier est brûlé.

Comme toute légende qui se respecte, celle de Loverval comporte un fond de vérité. En effet, les fouilles entreprises sur le site dit « des Templiers » montrent que le lieu a bien été incendié. Les archéologues y ont découvert du charbon de bois en grande quantité, ainsi qu’une couche impressionnante de cendre et d’argile calcinée. Roland Hensen nous a laissé un témoignage minutieux des fouilles. On y a aussi découvert une première occupation mérovingienne et une autre datée du 13° siècle. Et pourtant, aucun document historique ne désigne une occupation templière à cet endroit. Or la localisation et le rayonnement des maisons templières dans notre région sont parfaitement connus. L’inventaire des biens du Temple de Gerpinnes, de mai 1313, ne cite pas cet endroit, par contre il y a une description précise de la commanderie de Bertransart sur le territoire de Gerpinnes.

Reconstitution du site

Reconstitution du site

Vue en élévation du site, emplacements des murs

Vue en élévation du site, emplacements des murs

Vestiges du site, il y a quelques années

Vestiges du site, il y a quelques années

Lors de fouilles plus récentes, on a trouvé des débris de vaisselle qui se trouvent au musée communal de Marcinelle, ainsi que des outils et des armes en fer, des boucles et des bijoux en bronze, 12 pièces de monnaie avec la croix de Malte , des ornements cabalistiques, un schiste vert avec des gravures, plusieurs squelettes et une colonne torse provenant de la chapelle. Alors templier ou pas templier ? Un point pose question : pourquoi construire un ouvrage qui semble avoir une destination militaire dans le Val des Loups à Loverval ? J’ai eu l’occasion de lire un article sur le château de Loverval (actuellement l’institut ND) où l’auteur signale sans preuve réelle qu’au XIIIème siècle la route principale n’était sans doute pas à l’emplacement de la N5 actuelle, mais suivait la rivière du Val des Loups pour se diriger vers le gué de la Sambre à Marcinelle. A hauteur des ruines, une borne désignait la limite entre la principauté de Liège et le comté de Namur (borne volée il y a quelques années).

A quelques centaines de mètres des ruines, on découvre les grottes du Sarrazin. En 1978, des spéléologues ont trouvé des ossements travaillés, des silex taillés et des traces d’occupation humaine datée de 35.000 ans. Il s’agit donc d’une occupation par Cro Magnon. On y trouva aussi des restes de repas : des dents de rhinocéros et des os d’ours des cavernes.

Il y a plus ou moins 60 ans, « Le templis » était le lieu de rendez-vous de beaucoup de gamins devenus pour un moment chevaliers du temple ou hommes des cavernes……

Michel Hancart

  • Louis BERTAUX, « Les templiers et la commanderie de Bertransart », Société d’archéologie de Charleroi,1944
  • Roland Hansen, revue du CHAM (Cercle d’Histoire et d’archéologie de Marcinellle)
  • Arnold Baum Archéos
  • http://lecerclemedieval.frbb.net/t348-les-templiers-ravisseurs-de-femmes
  • http://webapps.fundp.ac.be/bib/flip/704/index.html#38

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