Le génocide oublié du 2e Reich

C’est l’histoire méconnue du premier massacre de masse du XXe siècle, 40 ans avant que le mot « génocide » ne soit inventé après l’extermination massive des juifs d’Europe.

Faisons un bon arrière jusqu’en 1904 dans le sud-ouest africain, en Afrique australe, dans l’actuelle Namibie. Deux peuples, les Nama et les Héréro, sont anéantis par le IIe Reich. La moité des Nama et les trois quarts des Héréro sont massacrés. Bilan : 100.000 morts au minimum. Un historien namibien, Casper Erichsen, dit : « Ce qui s’est passé en Afrique pour les Allemands était une bataille pour l’avenir des races. Si la race blanche voulait dominer, alors elle devait se battre contre la race noire et l’éliminer.» Pour la première fois de son histoire, l’empire du kaiser crée des camps et organise un système concentrationnaire, allant jusqu’à installer un trafic de cadavres pour servir ce qu’il ose appeler « la science. » Ce même historien dit : « Dans les camps, certains détenus étaient forcés de faire bouillir les têtes des suppliciés qui pouvaient être celles de leur famille ou de leurs amis, puis de gratter les chairs avec des bouts de verre. Ils devaient les nettoyer afin que les crânes puissent être envoyés en Allemagne. »

Au début du XXe siècle, en Namibie, l'Allemagne du IIe Reich a planifié et entrepris l'extermination des peuples héréro et nama.

Au début du XXe siècle, en Namibie, l’Allemagne du IIe Reich a planifié et entrepris l’extermination des peuples héréro et nama.

L’histoire commence en 1884. Pour compenser la faiblesse de l’Allemagne en terme d’empire colonial, par rapport aux autres puissances européennes, Bismark, chancelier du kaiser Guillaume Ier, décide d’occuper une partie du sud du continent africain, la Namibie actuelle. Vingt ans plus tard, en 1904, les ethnies Nama et Héréro se révoltent. C’est la stupéfaction à Berlin! Des africains qui osent se révolter!

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Les Troupes allemandes combattant les Héréros (1904), peinture propagandiste de Richard Knötel (1857-1914), reproduite dans un ouvrage de 1936.

Le kaiser envoie sur place le général Lothar von Trotha pour régler « l’incident ». Il constate très vite que c’est une vraie révolte et il décide que la Namibie sera un territoire entièrement blanc. Les ordres de Berlin sont sans équivoque et le général Lothar von Trotha les exprime de la manière suivante : « Moi, le grand général, j’envoie ce message au peuple Héréro. A l’intérieur des frontières allemandes, chaque homme Héréro avec ou sans armes, avec ou sans bétail, sera abattu; je n’accepte aucune femme, aucun enfant; qu’ils s’en aillent ou mes hommes les abattrons.» Cet ordre d’extermination sera ensuite étendu au peuple Nama en 1905. La troupe a carte blanche pour massacrer les indigènes!

Lothar von Trotha en 1903

Lothar von Trotha en 1903

Comment en est-on arrivé à ce drame humain?
En 1878, l’Allemagne lance un programme d’expansion le « Deutscher Kolonialverein ». Une série d’accords sont passés entre treize pays occidentaux et l’Empire Ottoman. Suite à ces accords, l’Allemagne se voit accorder 4 zones d’expansion qu’elle baptise :
Togoland (Togo), Ostafrika (Tanzanie, Ruanda, Burundi), Kamerun (Cameroun) et le Sudwestafrika (Namibie).

Initialement, les Britanniques, avaient mandaté le gouverneur du Cap pour rencontrer les responsables héréro et nama qui s’étripaient allègrement dans une guerre inter-ethnique. Ils voulaient les convaincre de rallier la fédération sud-africaine. Les négociations échouent en 1885 et l’Empire allemand en profite pour implanter son premier comptoir sous la responsabilité de négociants, Adolf Lüderitz et Gustave Nachtigal. Ces deux hommes seront remplacés l’année suivante par Heinrich Göring, avec le titre de haut-commissaire du Reich et, ensuite, de gouverneur du sud-ouest africain. Heinrich Göring est le père d’Hermann et d’Albert Göring.
Gènes de famille? La triste réputation d’Hermann n’est plus à faire; par contre, son frère Albert, homme d’affaires, fut remarquable; il aida de nombreux Juifs et dissidents à survivre en Allemagne lors de la seconde guerre mondiale. Quant à Heinrich Göring, l’information, souvent reprise, qu’il fut l’organisateur des massacres est erronée, pour la simple raison que le génocide eut lieu 14 ans après son départ et qu’il avait signé un pacte de protection des indigènes. À son départ comme ambassadeur à Haïti, il fut remplacé par un mercenaire, Curt von François, géographe et officier de l’armée impériale du Reich. Il fut chargé de construire la ville de Windhoek en 1890 et le port de Swakopmund en 1892.
En 1905, la population allemande indignée par les exactions de son armée en Namibie fit pression sur le Kaiser Guillaume II et le chancelier Van Bulow pour démettre von Trotha.

Mais restons objectifs, ce fut la Grande Bretagne, lors de la seconde guerre des Boers (1899-1902), qui expérimenta les camps de concentration en y parquant 120.000 boers et autant d’africains noirs, principalement des femmes, des vieillards et des enfants. Les conditions étaient terribles : sous-nutrition chronique, travail forcé, absence de soins, locaux insalubres, etc. Tout était en place pour que le taux de mortalité fut optimum. Plus de 270.000 boers et 15.000 noirs moururent dans ces camps. Cette guerre se termina en 1902 et fut l’annonciatrice des grands massacres du XXe siècle.

À l’inverse de la Turquie qui nie toujours l’évidence, malgré les preuves accumulées sur le génocide arménien, l’Allemagne reconnaît ses erreurs. Après avoir reconnu la responsabilité de l’Allemagne dans la Shoa, Mme Merkel a reconnu l’aide de l’Allemagne dans le génocide arménien et reconnaît aussi sa responsabilité dans le génocide des Héréro. La majeure partie de son aide au développement va à la Namibie. Pour être objectif , en 2004 et 2011, les excuses venaient d’initiatives plus privées que gouvernementales. Le gouvernement exclut toute idée d’indemnisation des descendants de victimes. Cornelia Pieper, ministre allemande des affaires étrangères est même huée en septembre 2011 à Berlin, lors de la restitution de 20 crânes nama et héréro.

Références

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