L’histoire d’un aviateur canadien à Thy-le-Château

Ce récit est tiré du témoignage du Docteur Fanuel de Thy-le-Château recueillit par Mme G. Hancart.

Dans la nuit du 3 au 4 octobre 1943, un bombardier Halifax de la RAF, de retour d’une mission sur Francfort sur Maine est touché par un chasseur de la base de Florennes et vient s’abattre près du cimetière de Cour-sur-Heure. L’équipage était composé de six hommes commandés par le Squadron Middleton.

Mes recherches ont montré quelques contradictions, à la fois sur le nombre des membres de l’équipage, sur leurs noms et sur l’immatriculation de l’avion. J’ai comparé les témoignages du Dr Fanuel et du sergent Wilfred L. Renner, le seul survivant.

Bombardier Halifax

D’après le Dr Fanuel , l’immatriculation du Halifax était 0419. D’après le Sgt Renner il s’agissait de l’escadron 0419 et l’immatriculation était JD204. Il y a aussi un problème sur le nombre de personnes à bord. Le Dr Fanuel parle de six hommes, le sgt. Renner cite les noms de sept personnes, lui compris :

  • Le sergent Wilfred Renner, bombardier et originaire de Preston dans l’Ontario. Il a survécu et c’est son histoire que je vais vous raconter.

Reposent dans le cimetière de Gosselies :

  • Le sergent de vol Robert Edward Paddison, mitrailleur, âgé de 25 ans et
    originaire de Stayner, Ontario. Il aurait été enterré au cimetière communal de Gosselies.
  • Le sergent George Ernest Chapman, navigateur, âgé de 24 ans et originaire de Norwich, Angleterre ;
  • Le sergent William James Boyce, âgé de 22 ans, originaire de Kinswood ;
  • Le sergent Cyril Raymond Winterbottom, âgé de 20 ans ;
  • Le sergent George Henry Beach, mitrailleur, âgé de 23 ans, originaire de Londres en Angleterre ;
  • Le sergent Arthur Russell Fare, pilote, âgé de 28 ans, originaire d’Holylake dans le Cheschire, Angleterre.

Le commandant Middelton devant être le commandant de l’escadrille, mais il n’était pas à bord.

Venons-en à l’histoire du sergent Renner : Dans la nuit du 3 au 4 octobre le Halifax s’écrase à Cour-sur-Heure. Dans son rapport, le sgt Renner signale qu’il n’y a pas eu d’explosion à bord, mais que le pilote en avait perdu le contrôle. Il signale qu’il n’avait aucune blessure après l’atterrissage, mais qu’une explosion a sans doute empêché les membres d’équipage de sortir. Lui-même fut assommé pendant quelques minutes.

D’après des témoins au sol, l’avion était en flamme lors de sa chute. Au petit matin, un habitant, Mr Camille Van Laeten, de Thy-le-Château en allant relever ses collets, trouve le sgt Renner assis au pied d’un arbre dans les bois de Thy-le-Château. Il va directement avertir le Dr Fanuel et avec le père t’Sersteven du séminaire des Pères blancs d’Afrique vont récupérer l’homme d’équipage.
Le Père t’Sersteven, qui parlait anglais, appris ainsi qu’il s’agissait du seul rescapé du bombardier, qu’il s’appelait Wilfred Renner et était originaire de l’Ontario au Canada. On le baptisa aussitôt Charlie et on le conduisit au séminaire.

Mais où le cacher ? Au séminaire, il y a déjà plusieurs réfractaires au travail obligatoire en Allemagne, des séminaristes, des femmes d’ouvrage, des résistants. Renner ne parle que l’anglais, il sera donc vite repéré. Chez le Dr Fanuel, il y a quatre enfants et deux servantes, sans compter les patients qui arrivent à toute heure de la journée. Après mûre réflexion, le Docteur et le Père supérieur du séminaire décident de le conduire au village voisin, chez le curé de Laneffe. En effet, celui-ci se vante d’avoir une filière pour passer en Angleterre.

À Laneffe, Willie, s’inquiète du sort de ses compagnons ; il rédige un message qui devrait mettre ceux-ci en confiance, si Van Laeten et d’autres résistants découvraient des membres de l’équipage. Le message de Willies était ainsi rédigé :

« To my pais ; I am in security. Do what this chap request and a belgiam officier will conduct you to me. This is no gag so don’t be frughtened. Your pal. Charlie (W L R ) »

(À mes copains. Je suis en sécurité. Faites ce que ce gars demande et n’ayez pas peur. Votre copain Charlie.)

Pendant plusieurs jours des habitants de Thy-le-Château sillonnent les bois en sifflant la marche de la RAF jusqu’au moment où ils apprirent que les Allemands avaient trouvé 5 corps aux abords de l’avion.

Willie n’était que légèrement blessé. Quelques côtes froissées et des contusions. Deux Jours plus tard, le Dr Fanuel se rend à Laneffe et le trouve en compagnie de deux jeunes filles du village. Il explique au Dr Fanuel que le curé l’emmène sur sa moto et va l’exhiber dans différents villages, dont Charleroi et Marcinelle. Malgré les mises en garde, le curé de Laneffe ne change pas d’attitude et avoue ne pas savoir quand il pourra remettre le Canadien à une filière d’évacuation.

Évaluant les risques que le curé fait courir à l’aviateur, le Docteur l’emmène à quelques centaines de mètres de là, chez Mademoiselle Dereine, une vieille tante de sa femme qui était la discrétion même. À son retour le curé, qui n’évalue toujours pas les risques qu’il fait courir à tout le village, entre dans une rage folle et menace le Docteur de mort s’il ne lui rend pas son aviateur. Pour se venger, il répand le bruit que le Dr Fanuel a livré Willie aux Allemands.

Pour faire échapper l’aviateur à l’arrestation, le Dr Fanuel le conduit, le 29 octobre 1943, chez le Frère Materne, franciscain de Montignies sur Sambre (à une quinzaine de km de Laneffe). Quelques jours plus tard Émile Pécriaux originaire de Walcourt conduit Willie chez Mademoiselle Marie Dardenne de Fairoul où il passera le reste de la guerre. Il participera aux parachutages d’armes avec un groupe de résistants et en profitera pour apprendre le français.

À la libération, Willie reviendra à Thy-le-Château, revoir ceux qui l’avaient sauvé, avant de rejoindre son unité pour y achever la guerre. Quelques années plus tard, on apprit qu’il s’était marié, était papa et habitait à Hespeler street à Preston, Ontario.


Références

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *