Sabotage du tunnel d’Ham-sur-Heure, le 2 mars 1944

Cet article est écrit à partir d’un témoignage de Robert Demonté, fils de Maurice Demonté et de H. Blampain, un témoignage écrit par Mme G. Hancart-Prévot, ainsi que d’une publication dont je ne connais pas le nom et dont je possède seulement les pages 296 à 298.

Par deux fois la résistance a essayé d’interrompre la livraison du minerai de fer venant de l’est de la France vers les aciéries de Charleroi. On avait envisagé de faire dérailler un train dans la courbe qui suit la gare de Berzée, mais sans succès.

Le tunnel d’Ham-sur-Heure

Nous sommes le 2 mars 1944 vers 3h50 et cette fois Henri Blampain a décidé de déboulonner un rail dans le tunnel d’Ham-sur-Heure. Des résistants (membres du groupe G) se réunissent et décident de passer à l’action.

Henri Blampain téléphone à Walcourt pour s’informer si le train de minerais est bien prévu. Le train est en route ! Le groupe de résistants part à toute vitesse vers le tunnel distant de 7 km et à 23H ils sont à pied d’œuvre. Malheureusement, cette nuit est très froide, les rails sont gainés de glace et il faut casser la glace pour avoir accès aux éclisses. Henri Blampain, qui est sourd, frappe avec sa clef anglaise…, « Comme un sourd ». Ses camarades essayent de lui faire comprendre d’y aller doucement car des sentinelles allemandes sont de garde sur la route. Mais rien n’y fait, et Blampain continue à frapper jusqu’au moment où il parvient à enlever les éclisses et à déplacer le rail.

Rapidement, ils vont à la rencontre du train pour l’arrêter à Berzée. Pour le faire stopper, il faut une lanterne rouge que l’on balance devant lui. Blampain en possède une, mais il a oublié d’y mettre du pétrole ! Complètement inconscient, il grimpe sur le sémaphore de la gare et prélève du pétrole dans le réservoir, pour le transvaser dans sa lanterne.

On fait signe au train de stopper ! Le mécanicien et le chauffeur reçoivent l’ordre de descendre de la machine. Cette demande est appuyée par la présentation d’un révolver. L’équipe de la machine et les serre-freins obtempèrent. Les cheminots ont compris que la résistance est en action et ils informent bien gentiment que tout est en ordre et que les freins sont ouverts.

Henri Blampain ordonne au chef de gare de siffler et lui dit dans un langage fleuri : « Chifflot, sin ça dj’n min va nin !» ; Blampain veut bien détruire le train, mais réglementairement : un train ne part pas tant que le chef de gare n’a pas sifflé !

Et il siffle…, le train démarre et roule de plus en plus vite ; Blampain saute sur le quai et risque de passer sous le tender. C’est de justesse s’il retombe sur le quai glissant, tant il a poussé le modérateur à fond. En gare d’Ham-sur-Heure, le convoi passe comme un bolide à la stupeur des employés. Il fonce vers le tunnel et quelques instants plus tard, un fracas énorme retentit.

La locomotive, lancée à 90 km/h, a déraillé et s’est coincée entre les parois du tunnel. Les wagons sont rentrés les uns dans les autres et forment un amas de ferraille et de minerais de 444 mètres. C’est du bon boulot et les Allemands devront travailler jusqu’au 12 mars 1944 pour dégager l’endroit. Il fallut découper le train au chalumeau et l’extraire du tunnel morceau par morceau.

Voici les noms de ces héros anonymes : Blampain Henri, chef de secteur, Chavaux George, Matis Gaston, Chapeau Albert, Borgnet Raoul et Hector qui fut déporté par la suite.

Quelques mots sur le groupe « G »

En janvier 1942, un petit groupe d’anciens étudiants issus de l’université libre de Bruxelles, qui avait créé une première cellule de sabotage dont sera également issu le Groupe D du Service de Sabotage Hotton, met sur pied, à l’instigation d’André Wendelen, ancien étudiant, parachuté par le S.O.E.* dans le cadre de la mission Mandamus, un premier comité de réception qui assumerait la responsabilité des parachutages de matériel et d’hommes. Bientôt quelques professeurs (notamment Jean Lameere et Pierre Baudoux) vont rejoindre le groupe en devenir.

*Le S.O.E., « Direction des opérations spéciales », est un service secret britannique qui opéra pendant la Seconde Guerre mondiale. Il fut créé le 19-22 juillet 1940 par Winston Churchill et dissous le 30 juin 1946, et avait pour mission de soutenir les divers mouvements de résistance, au départ ceux des pays d’Europe occupés par l’Allemagne.

Ressources

·       https://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_G

·       Interview de MM. Henri Blampain et Robert Demonté par Mme G.Hancart-Prévot

·       Article, extrait (Je ne possède que les pages 297 à 298.) d’une publication dont le nom m’est inconnu, intitulé « Chifflot, sin ça dji’ n’ vas nin ! » et appelé « Message pour Philomène ». L’illustration se trouve dans cet article.

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