Le méridien de Bruxelles

Nous sommes en Belgique. Léopold Ier est le roi des Belges. Le premier train de voyageur  circule officiellement depuis le 5 mai 1836, entre Bruxelles et Malines, soit une ligne d’une vingtaine de kilomètres.

Déjà à l’époque, les trains doivent partir et arriver à l’heure. Si les faire circuler est déjà compliqué, le problème des horaires ne l’est pas moins. À l’heure des montres électroniques à quartz et des communications planétaires par satellites, on ne se rend pas compte du concept « temps » qu’a la population du XIXe et du début du XXe siècle : les horloges de village sont réglées sur un cadran solaire local ; un dérèglement d’une demi-heure n’est pas inhabituel. Cet état de chose est inadmissible pour un bon fonctionnement du réseau de chemin de fer.

En 1839, un train quittant Bruxelles pour Malines, situés sur un méridien très proche, ne pose guère de problèmes de synchronisation. Par contre, entre Bruxelles et Liège, la différence atteint 4 minutes 49 secondes ! L’installation d’une « grande méridienne de référence à Bruxelles » s’impose en vue d’une harmonisation de l’heure sur toute la Belgique.

Elle ne sera faite que 50 ans plus tard !

Adolphe Quetelet

Le roi Léopold Ier demande un méridien de référence, appelé « Méridien de Bruxelles », qui doit passer par la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule de Bruxelles et situé à 4° 21’ 36,5’’. Il sera défini le 22 février 1836 par le mathématicien et astronome belge Adolphe Quetelet.

Il était le premier directeur de l’Observatoire de Bruxelles et avait été chargé, par arrêté royal, de donner aux principales localités du royaume les moyens de disposer d’une « heure locale » précise en vue du bon fonctionnement des chemins de fer.

Sa mission consistait à établir dans les villes d’Anvers, Ostende, Bruges, Gand et 41 autres villes du royaume des méridiens qui seraient placés, dans les cathédrales, hôtels de ville ou autres édifices favorables.

Le méridien de Bruxelles fut tracé par A. Quételet en juin 1836, dans le pavement du transept de la cathédrale des Sts Michel et Gudule. Sa description, dans un rapport adressé au Ministre de l’intérieur, a été sauvegardée par une publication au Moniteur belge.

Le méridien avait été matérialisé  par un fil de cuivre témoin d’une quarantaine de mètres. Des clous de cuivre indiquaient l’emplacement où viennent frapper les rayons du soleil aux solstices. Un petit trou dans le vitrail dit de « Marie de Hongrie » (transept sud), juste sous la jambe du roi Louis II de Hongrie, laisse passer les rayons du soleil.

Quetelet avait fait graver dans le pavement, des lignes espacées de 5 en 5 minutes  et qui permettaient, vu la nébulosité fréquente de la Belgique, de calculer un temps moyen.

Le remplacement du pavement en 1988, à l’occasion de fouilles archéologiques sous le chœur de la cathédrale, a fait disparaître une bonne partie de la lame de laiton sertie dans le sol et les travaux de rénovation, à l’occasion du mariage du prince Phillipe, auront raison du peu qui restait.

La méridienne, au sol, et le positionnement de l’occulus

L’occulus, à gauche du meneau central, juste au dessus de la rosace

Clou repérant un solstice (la photo ne permet pas de dire de quel solstice il s’agit).

Un clou de repère de solstice

Dès 1870, le développement du télégraphe va permettre des synchronisations par signaux voltaïques entre les différentes gares du pays. À partir de là, le relevé de l’heure sur le cadran solaire de l’église et le transfert du temps vers la gare deviennent inutile. L’adoption d’un temps moyen européen à la fin du XIXe siècle fait perdre tout intérêt au méridien.

Vers 1990, on décida la restauration du méridien de Bruxelles.

Elle fut confiée en mai 2001, à M. André KOECKELENBERG, astronome, président Extension ULB « Eau d’Heure », Ppésident du CHEWalcourt, et au bureau d’études LAVRAUW à Wezmbeek.

La restauration a été effectuée avec les instruments géodésiques actuels : application du traçage laser, d’une précision inexistante en 1836. Pourtant le souci constant a toujours été la conformité la plus grande possible avec la réalisation originale. Le « nouveau » méridien est opérationnel depuis le solstice d’été, en juin 2001, soit 165 ans après Quetelet.

Dorénavant, par temps clair, il est possible de voir la « tache lumineuse solaire » couper le grand méridien de Bruxelles au midi solaire local entre le début mars et la mi-octobre.

Pourquoi ?

La surélévation des bâtiments, place Sainte-Gudule en face du portail sud, ainsi que  la réalisation d’un autel, inexistant à l’époque de Quetelet, cachent le soleil à la fin de l’automne et durant une partie de l’hiver, portant ombrage à l’image du soleil lors du solstice d’hiver.

Un calcul astronomique permet d’en déterminer un temps moyen local à l’aide de l’équation du temps.

Par convention, l’équation du temps, à un instant donné, est la différence entre le temps solaire moyen et le temps solaire vrai.

Le temps solaire moyen est basé sur le soleil moyen, défini comme un objet qui, tout au long de l’année, se déplacerait sur l’équateur à une vitesse constante, telle que la durée du jour solaire moyen soit de 24 heures exactement.

Le temps solaire ou temps vrai est une mesure du temps basée sur le soleil vrai, tel que donné par un cadran solaire. En particulier, le midi solaire correspond à l’instant de la journée où le Soleil passe dans le demi-plan méridien.

 

Les restaurateurs, dont notre ex-président, M. Koeckelenberg, ont ainsi rendu hommage à Adolphe Quetelet, grand savant belge de la première moitié du XIXe siècle et répondu à la demande de « vieux bruxellois » de retrouver la marque du méridien de Bruxelles.

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